Verde, Un napoletano a Roma

Arrivé de Naples en 2010, Daniele Verde a fait ses classes au centre de formation de l’AS Roma de 14 à 18 ans, passant notamment sous les ordres du mister Vincenzo Montella, Alberto De Rossi et dernièrement Rudi Garcia. Ce petit ailier, doté d’un excellent pied gauche, explose cette saison avec la Primavera, et n’a pas manqué de saisir sa chance ce week-end, avec une titularisation et deux passes décisives contre Cagliari.

Une enfance dans un quartier de Naples

Daniele Verde est né le 20 juin 1996 à Naples, plus précisément à Fuorigrotta, quartier à l’Ouest de la ville où l’on retrouve notamment le Stadio San Paolo. Il s’agit du quartier le plus populaire de la ville, et donc celui où sont concentrés toutes les difficultés sociales et économiques. Daniele grandit dans la maison familiale, d’une fratrie de trois enfants, avec son père Giuseppe et sa mère Patrizia. Un gamin qui n’hésitait pas à se balader tard dans ce quartier dangereux et difficile qu’il connaissait comme sa poche. S’ils n’ont pas pu tout lui offrir d’un point de vue financier, ses parents ont fait beaucoup de sacrifices pour lui faire vivre son rêve de devenir footballeur. Daniele commença officiellement à jouer au football du côté de San Domenco à l’âge de 7 ans. Un an et demi après, il rejoint le club de Pro Calcio. L’éducateur Peppe Lomasto se souvient bien du petit Daniele, « quelqu’un de timide, mais de très bien éduqué. Le premier jour où il est venu, il souhaitait seulement jongler avec son ballon. Puis je me suis mis à parler avec les autres enfants. Au bout de 10 minutes, je me suis retourné, et il continuait de jongler. Alors je me suis mis à compter ses jongles du pied gauche, mais à 200 on s’est arrêté ».  Il passe ensuite dans le club de l’US Pigna Calcio. Verde devient très vite la star du club, à tel point que les observateurs de toute l’Italie se bouscule déjà chaque week-end. C’est la présidente, Lucia Carbonaro, qui enverra le jeune Daniele, alors âgé de 14 ans, du côté de l’AS Roma : « Je parle encore à Daniele, hier il m’a dit ne pas encore pleinement réaliser ce qui lui arrive. Pour moi ça n’est pas une surprise, il faisait déjà des choses exceptionnelles à 12 ans. Beaucoup d’observateurs venaient déjà le voir. C’est Stefano Palmieri qui l’a amené à Trigoria pour un essai. Avec Bruno Conti (directeur du centre de formation, ndlr), le feeling a été immédiat et il aura fallu d’un simple serrage de mains pour se mettre d’accord. Quand j’ai parlé avec Daniele et que je lui ai demandé son avis, j’ai tout de suite compris que la Roma était l’environnement idéal pour le faire progresser. J’ai refusé d’autres propositions, qui économiquement auraient été plus avantageuses, mais cela était la meilleure solution ». La leader du club napolitain fait notamment référence à une offre venant de la Juventus, contrairement au Napoli qui n’a jamais montré le moindre intérêt pour son citadin, et le « talent scout » bianconero fût tout bonnement licencié quand Verde débarqua dans la Capitale italienne, contre la somme de 18 000 euros (alors que la « Vieille Dame » proposa le triple).

Le joueur choisit l’AS Roma, malgré une offre triplement supérieur de la Juventus

Daniele Verde débarque donc à Trigoria durant l’été 2010, où il intègre la génération 1996, évoluant alors en Giovanissimi Nazionali, et coaché par un certain Vincenzo Montella (avec qui il gagna 26 matchs sur 26, avant que l’aeroplanino remplace Claudio Ranieri sur le banc romanista). Le mister de la Fiorentina décida dès son arrivée de le faire évoluer d’un point de vue tactique, en lui faisant quitter sa place d’attaquant axial, et en l’utilisant comme milieu droit. Cela permet à ce petit gabarit (aujourd’hui 1m68 et 64kg) de mettre au profit de son équipe son explosivité et de rentrer sur son pied gauche pour frapper. Dès son premier match, face à Ascoli le 19 septembre, il inscrit un doublé lors du succès 7-0 de son équipe à Trigoria. C’est alors que Daniele rencontre des joueurs avec qui il évolue toujours aujourd’hui en Primavera, comme Gabriele Marchegiani, Elio Capradossi, Matteo Adamo ou encore Lorenzo Pellegrini. Déjà considéré comme l’un des meilleurs éléments de sa génération, il passe directement en Allievi Nazionali la saison suivante (2011/2012), où il joue alors avec la génération 95. En 2012/2013, il continue à jouer en U17, mais connait 4 apparitions (et 1 but) en étant surclassé avec la Primavera d’Alberto De Rossi. Ce dernier utilisera d’ailleurs la méthode de la carotte et du bâton pour le faire progresser, et prendre conscience qu’il n’était pas encore arrivé en haut. En effet, lors de la saison 2013/2014, il n’a à son actif que 15 présences en U19 de l’AS Roma (très peu comme titulaire, et la plupart récoltées en Coupe d’Italie) et 2 réalisations. Mais il explose totalement cette saison, dans sa position favorite. Daniele Verde a jusqu’ici disputé 17 rencontres (toutes compétitions confondues) pour 11 buts et pas loin de 10 passes décisives (dont 2 buts et 3 passes décisives en 6 matchs d’UEFA Youth League). Celui qui grandit au pensionnat de Trigoria, et qui vit aujourd’hui en collocation avec Francesco Di Mariano (palermitain et meilleur ami), Matteo Adamo et Tomas Vestenicky, connût sa première convocation en Serie A, dès la 4ème journée, lors du déplacement à Parma en début de saison. En suivra une bonne dizaine, avant cette première entrée en cours de jeu du côté de Palerme (« j’ai été pris de court, mes jambes tremblaient », dit le jeune joueur), puis des entrées à l’Olimpico contre Empoli et la Fiorentina (en Coupe d’Italie).

L’explosion médiatique de Cagliari, mais « le plus dur reste à venir »

Mais sa médiatisation prendra un véritable tournant lors de ce déplacement à Cagliari, dont les voyages dans le sud lui réussissent décidément bien, avec sa toute première titularisation parmi l’élite italienne. Alors que ce fan de Cristiano Ronaldo eût du mal durant ces trois entrées précédentes, Verde prend vite la mesure de l’événement et délivra deux passes décisives durant la rencontre : la première d’une petite balle piquée bien dosée pour Adem Ljajic, et la seconde avec un centre fuyant au second poteau pour Leandro Paredes. Au terme de la rencontre, Verde déclara au micro de Sky Sport « j’ai été plus serein et moins tendu qu’à Palerme. Je me suis contenté d’apporter mes qualités et de rendre au mister la confiance qu’il m’a donné. C’est la plus belle journée de ma vie ». Si l’on a pour habitude dans le football moderne de mettre très (trop) vite un jeune joueur sur un piédestal, le plus dur commence maintenant pour ce jeune italien de 18 ans, qui suit de loin les prestations de ses coéquipiers de la Primavera, engagé (et qualifié pour les 1/4 de finale) au Tournoi de Viareggio. Alors qu’il dispose actuellement d’un contrat stagiaire, à environ 1 000 euros de salaire mensuel, son agent s’occupe actuellement de négocier avec Walter Sabatini (qui a déclaré hier que l’on a « accusé Garcia de faire entrer Verde à Palerme, pour envoyer un signal à la societa de son besoin d’attaquant. Dimanche il a rejoué et montré sa valeur ») son premier contrat professionnel. « Nous aurions aimé l’aider, mais aujourd’hui il peut profiter de ses premiers salaires », dit sa mère Patrizia. Nul doute que le jeune Daniele, qui a dédié la victoire de Cagliari à sa « famille, [ma] fiancé et ceux qui [me] veulent du bien », ne saura pas oublier les sacrifices fait par ses parents pour en arriver là. Mais outre son club, c’est aussi les perspectives de sélections qui s’offre pour celui qui intéresse fortement Catania (prêt à revenir à la charge l’été prochain, pour un prêt vers la Sicile). Alors qu’il ne fît que de simples stages avec les U15 et U17 de l’Italie, ce n’est que cette saison qu’il a le plaisir et la joie d’entendre l’hymne national avec le maillot azzurro. Daniele Verde intégra en octobre l’Italie U19 du sélectionneur Alessandro Pane, où il ne quitta quasiment plus sa place de titulaire (5 sélections et 1 but). A tel point que le sélectionneur de l’Italie U21, Luigi Di Biagio se penche déjà sur son cas : « Mes compliments à la Roma qui a misé sur sa technique, sa personnalité et son physique. Cela va devenir pour lui le moment le plus difficile. Les compliments vont fleurir et il va devoir garder les pieds sur terre, et continuer de faire ce qu’il sait faire. S’il peut faire l’Euro U21 cet été ? La porte est ouverte, le groupe est fondé à 90%, mais je suis toujours attentif aux nouveautés, même s’il est l’un des piliers de l’U19 italienne. Il doit simplement rester lui-même“. Daniele a compris le message, continuer de fouler l’herbe verte (comme son nom de famille en italien, ndlr) avec passion et envie.