Site AS ROMA

Une année à Olimpico, vu par le site CSR

C’est une nouvelle rubrique que le site CSR vous propose durant cette saison, après le succès de « l’article-story » du derby face à la Lazio : Une description des rencontres se disputant au Stadio Olimpico, vu par l’oeil d’un membre du site (Edo). Revivez cette journée et ce match face au Napoli comme si vous y étiez.

« Ne pas savoir réparer une défaite est pire que la défaite elle-même »

De ce message adressé par la Curva Sud aux joueurs cet été, on attendait une réponse.
Et les joueurs, avant la trêve internationale, en ont apporté une : 7 victoires en 7 matchs.
Invraisemblable.
3 victoires semblaient déjà beaucoup pour une équipe habituée à commencer à prendre des points vers le mois d’octobre.
A 5, on avait de quoi être légèrement inquiet, alors qu’on avait prévu de passer une énième saison triste à regarder notre équipe perdre, perdre, gagner, perdre, gagner, gagner, perdre, gagner et perdre.
Mais 7 ? Après un 0-3 enfilé chez une Inter Mazzarienne invaincue ? Cela relève de l’inimaginable.
Cela dit notre Roma nous a habitués à tout. Revenons 3 ans en arrière. Elle reprend 16 points à l’Inter de Mourinho et lutte pour le titre jusqu’à la dernière journée. Elle perd en réalité ce titre à 3 tours de la fin de manière invraisemblable, au cours d’un match qu’elle a mené et dominé pendant 45 minutes. Un scénario à la fois miracle et catastrophe parmi tant d’autres dans notre histoire.
Oui, nous sommes habitués à tout. Au meilleur comme au pire. Plus au pire qu’au meilleur, diront certains. Mais rien ne peut plus nous étonner.

Enfin bon, pour le coup, c’est le meilleur que nous fait vivre cette Roma en ce bel automne romain. Pendant que le froid arrive en France, la douceur reste dans la Ville Eternelle. En parfaite harmonie avec son équipe de football.

Avant chaque match, il y avait de quoi être méfiant. Au premier car personne ne savait où l’équipe en était. Au derby, car le derby c’est un monde à part. Face à l’Inter, car c’était la première équipe de niveau et en forme que nous affrontions.
Les 3 fois, le test est réussi haut la main. On peut placer la perche encore plus haute ?

Oui, apparemment. Arrive à Rome le Napoli de Benitez, Hamsik et Higuain. Equipe invaincue en championnat. Equipe qui bat avec mérite la deuxième équipe d’Europe en Champion’s League.

Là, on saura qui nous sommes.

« – Allora prometti che rivaluteremo gli obiettivi dopo sta partita, se vincemo ?
– Si, dopo questa si.
– L’avevi già promesso dopo er derby e dopo l’Inte
– Dopo di questa si, ho detto »

(- Alors tu promets qu’on reverra nos objectis après ce match, si on gagne ?
– Oui, après celui-ci oui.
– Tu l’avais déjà promis après le derby et après l’Inter
– Après celui-ci oui, j’ai dit)

On attend donc ce Napoli, avec impatience. La trêve internationale semble être éternelle, mais ce vendredi arrive enfin.
Rien de tel qu’un match entre premier et deuxième pour commencer le week-end.
Si on m’avait dit cet été, quand j’ai pris mon abonnement, que ce match serait une telle affiche, jamais je ne l’aurais cru. Et pas à cause des napolitains, soyons clair.

La journée est belle, le match tant attendu approche.
Innovation, on décide de se diriger tranquillement vers le stade entre français.
Oui, je ne suis pas le seul romanista à avoir eu la chance de venir vivre cette année à Rome. Nous sommes 3. A vrai dire, le dernier vient tout juste d’être converti, après être allé voir le match face à Bologna.
A Rome, que ce soit pour la ville en générale ou pour le foot, il suffit de peu de choses pour tomber amoureux. Mon oncle me rappelle toujours que la première fois qu’il m’emmena à l’Olimpico, en un jour froid et gris de février 1999, j’étais resté dix secondes la bouche ouverte quand, après avoir monté les escaliers, j’ai aperçu le terrain et la Curva Sud.
La même sensation qui a du s’emparer de tous ceux parmi vous qui ont déjà eu la chance d’aller dans cette arène, de tous ceux qui auront dans le futur l’occasion de le faire, et donc de ce cher Damien qui a décidé de revenir dès le match suivant.

C’est le baptême pour deux autres français aussi, venant de Lille et allant à l’Olimpico pour la première fois. Après leur avoir demandé dans quels stades ils étaient déjà allés, je leur confie :
« C’est ici que vous allez connaître la meilleure ambiance que vous n’ayez jamais vu, et que vous ne verrez peut être jamais. Victoire ou pas. »

Arrivés au stade avec deux bonnes heures d’avance, on décide de faire un tour au Cuore Sole Village de l’As Roma, selon les conseils d’Aurélien, l’autre romanista vivant à Rome.
Je n’y étais jamais allé, mais je pense que j’y retournerai. Expérience assez sympa que celle de s’exercer aux têtes plongeantes ou aux reprises de volée en se lançant sur des matelas gonflables juste avant le match.

On se sépare par la suite, certains seront en Curva Nord, d’autres en Distinti Sud Est, et moi dans ma nouvelle seconde maison : les Distinti Sud Ouest.

Pas grand monde à mon arrivée dans les gradins, ce qui n’empêche pas d’entendre déjà les premiers chants anti-napolitains.
Comme d’habitude la Curva se remplira une heure avant le match. Dans mon secteur, on sent déjà qu’il y aura plus de monde que contre Bologna.
Et l’atmosphère est plus chaude aussi. Les chants contre les visiteurs s’intensifient. Dans l’avant-match, entre les « O Vesuvio lavali cor foco » (Ô Vésuve lave-les avec le feu), les « Odio Napoli » (Je hais Naples) et les « Senti come puzza Napoli » (Sens comment Naples pue), il y a dejà bien de quoi nous suspendre au prochain match.
Mais on s’en fiche, ça fait partie du fun, et ce serait bien triste si on ne pouvait pas entonner ces chants, qui n’ont en réalité absolument rien de discriminatoire.

Balzaretti va faire un tour avec la petite voiture pour arriver sous les Distinti Nord, son passage sous la Sud suffira à nous faire chanter « Vincerà la Roma vincerà, e la Lazio in B presto tornerà » (la Roma gagnera, et la Lazio en Serie B bientôt retournera).

Mes potes arrivent. L’un d’entre eux avait un maillot Pulp Fiction lors des deux premiers matchs, et inutile de vous dire qu’à Rome nous sommes très superstitieux. Là, je ne vois pas le maillot.

« – Embè, ndo sta ?
– Sotto alla giacca, tranquillo »

(-Alors, il est où ?
-Sous la veste, stresse pas)

Forza Roma et Roma Roma seront très intenses. On sent que cette équipe dégage quelque chose, et que dans le bien ou le mal, ce match sera important.

Alors que de l’autre côté du stade, les lancers de pétards commencent entre napolitains et supporters de la Curva Nord, le match peut débuter.
La Roma semble être bien en place, dans la continuité des matchs précédents. La balle circule bien devant, Gervinho est toujours aussi agile. Hélas, il rate de la plus mauvaise des façons un tir du gauche franchement pas difficile.

En face, même s’il semble y avoir des trous en défense, on sent quand même que ce n’est pas la Lazio ou Bologna.
Cette équipe napolitaine est capable de se trouver des espaces dans notre défense, un peu fébrile en première période à cause d’un Benatia qui ne réalise pas son meilleur match de la saison, et surtout d’un Dodô qui n’est clairement pas au niveau de ses camarades.

Le tournant, c’est probablement la blessure de Totti. En le voyant allongé à terre, nous commençons à supplier le ciel que cela ne soit rien de grave. Hélas, il doit sortir.

Et cela se sent immédiatement. Le Napoli presse encore plus qu’auparavant, récupère la balle, et se crée une énorme occasion. Sans aucun doute la plus grosse concédée par la Roma en ce début de saison.
Erreur d’alignement grossière, et Pandev se retrouve en un contre un face à De Sanctis.
Le sang se glace dans tous nos corps, plus aucun bruit pendant cinq secondes.
Tir de Pandev. Parade de De Sanctis ! Ah non, elle va rentrer… et non ! Dégagement sur la ligne.
La Curva exulte comme si la Roma avait marqué. C’est un peu la valeur qu’a ce double arrêt. Les chants anti-napolitains, qui ne se sont jamais vraiment arrêtés au cours du match, reprennent, si cela est possible, encore de plus belle.

Florenzi aura lui aussi une occasion, tir croisé qui passe juste à côté.
Mais Napoli revient à la charge, avec une autre énorme opportunité.
L’attaquant napolitain entre dans la surface, Maicon, encore auteur d’une prestation énorme par ailleurs, est en retard et le déséquilibre. Le penalty était net, mais il décide de jouer l’avantage et de tirer. Alors qu’on la voit tous au fond, c’est finalement le poteau qui la repousse en sortie de but.
Pas de quoi exulter sur le coup, on se sent en danger. Finalement, un 0-0 à la mi-temps ne serait pas mauvais.

Oui, mais.
Dans les arrêts de jeu, coup franc obtenu par nos joueurs à l’entrée de la surface.
Totti est sorti, Pjanic va donc le tirer. Et le fait que le bosniaque est plus efficace que le Capitano sur ce genre de ballons n’est plus un secret.
On retient sa respiration, on ne ferme plus les paupières. De notre position, on saura tout de suite s’il est bien tiré ou pas.
Il est excellemment tiré, la trajectoire de la balle est parfaite. Pas le temps de penser à autre chose que le filet tremble.

1-0. Scènes de liesse, certaines personnes sans le vouloir descendent de 3 rangées (et pas forcément sur leurs pieds) pour exprimer leur joie. On a de quoi passer une mi-temps avec le moral à bloc.

De l’autre côté du stade, Pjanic va demander aux napolitains de chanter plus fort, la Nord lance un pétard sur eux et relance ainsi les hostilités, à tel point que la barrière des stewards ne servira plus à rien. Certains napolitains et romanisti ne se retrouveront séparés que par une barrière de plexiglas, de quoi rire quand on pense à toutes les mesures de sécurité annoncées avant le match.
Tout cela sous le feu des pétards qui, comme des grenades, sont lancés d’un secteur à l’autre, récupérés par l’ennemi qui les relance ensuite. On espère que nos amis en Nord ne se sont rien faits. Et qu’espérer pour les napolitains ? Que me répond mon voisin ?
« Speriamo che se so’ fatti male ! » (Espérons qu’ils se soient fait mal !)
Quand on pense que nos ultras étaient jumelés il y a 30 ans à peine…

La seconde période reprend, et Napoli veut la balle. La Roma subit mais ne rompt pas, même si dans certaines situations trop de liberté est laissée à Hamsik et aux autres attaquants.
Au final, c’est la Roma qui est plus dangereuse. Tout d’abord sur un magnifique corner de Pjanic, tiré tendu comme on le ferait en foot à 5, que De Rossi arrive à reprendre sans la mettre au fond. Peut être l’un des seuls ballons ratés par Danielino au cours d’un autre match époustouflant.
Puis sur un centre de Maicon, qui entre dans la surface en seigneur tout puissant après un petit pont sur son vis-à-vis. Florenzi ne transformera pas cette balle en but.

Finalement, l’arbitre qui nous semblait avoir été clairement du côté napolitain depuis le début du match (tout comme son juge de touche, qui ne sifflera pas une poussette grossière d’un napolitain sur Gervinho, alors que cela s’est fait sous ses yeux, et sous les nôtres), nous accorde un penalty.
Mieux, il expulse Cannavaro frère. Dans notre secteur, personne n’avait vu qu’il s’était pris un carton jaune en première période. Tout semble rouler pour cette équipe, et bien entendu Pjanic prend à contrepied Reina.
2-0. Nouveauté dans la célébration, je me fais tirer les cheveux par l’inconnu de derrière.

Que c’est beau de voir cette Roma jouer ainsi, il semble que plus rien ne peut nous arriver. Et rien ne nous arrivera en effet, le ballon circule de façon splendide devant, et avec un peu de volonté on pouvait même en mettre un troisième.
L’entrée d’Higuain ne changera absolument rien côté napolitain.

Les dernières minutes nous permettent de reprendre au moins une dizaine de fois le « Noi saremo in Curva Sud ad aspettar un tricolore giallorosso per gli ultrà » (Nous serons en Curva Sud à attendre un titre giallorosso pour les ultras).

Le match se termine, les gens sont heureux mais ça commence à sembler être la routine.

8 matchs, 8 victoires. 1 but encaissé, 22 buts marqués. Magique, comme cette équipe.

«- Allora li rivalutiamo sti obiettivi ?
– Non possiamo più nasconderci
– E quindi ?
– E quindi, tricolore giallorosso per gli ultrà
– Se lo dici pure te, è che qualcosa è cambiato
– Niente in realtà, questa sera è solo l’ottava. Ma forse ci voleva arrivare a questa ottava per capire quanta strada abbiamo percorso dal 26 maggio »

(- Alors on les revoit ces objectifs ?
– On peut plus se cacher
– Et donc ?
– Et donc, titre giallorosso pour les ultras
– Si toi aussi tu le dis, c’est que quelque chose a changé
– Rien en réalité, cette soirée est juste la huitième. Mais peut-être qu’il fallait arriver à cette huitième pour comprendre combien de chemin nous avons parcouru depuis le 26 mai)

Bon week end triomphant à tous, et à la prochaine.

Edo