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Une année à Olimpico, vu par le site CSR

C’est une nouvelle rubrique que le site CSR vous propose durant cette saison, après le succès de « l’article-story » du derby face à la Lazio : Une description des rencontres se disputant au Stadio Olimpico, vu par l’oeil d’un membre du site (Edo). Revivez cette journée et ce match face à Bologna comme si vous y étiez.

Qui l’aurait cru ? Une Roma restructurée pour la énième fois, utilisant un sixième entraîneur en moins de 3 ans, se place en tête du championnat cinq journées après le début du championnat.

Au parcours excellent des deux équipes devant lutter pour le scudetto, elle répond par un parcours monstrueux : 5 matchs, 5 victoires.
Une équipe formée à la sauce Zeman la saison passée est la meilleure défense italienne du début de saison. 1 ridicule petit but encaissé en près de 450 minutes de jeu.

Ne manque que le statut de meilleure attaque pour compléter un tableau absolument inattendu.
5 victoires d’entrée pour une Roma habituée à perdre face aux petits, la cote n’avait même pas dû être calculée par les bookmakers durant l’intersaison.

C’est dans ces conditions que le dernier dimanche de septembre arrive dans la capitale.
Défendre la tête du classement si tôt dans la saison, ce n’était plus arrivé depuis quand ?
« – L’anno dello scud… (L’année du tit…)
– Vabbè sta zitto va, non comincià a portà iella (Ouais tais-toi va, ne commence pas à porter la poisse »
Il est 15h, regardons plutôt ce qui se passe sur les autres terrains.
Bah tiens, les napolitains nous sont déjà repassés devant. La Juve également, avec un bel hors-jeu. La routine habituelle, rien de très rassurant lorsqu’on connaît le nom de l’arbitre de ce soir…
16h, et la situation s’aggrave : la Lazio est en train de gagner, l’Inter aussi.

Mieux vaut ne pas y penser, c’est encore trop tôt pour faire des calculs sur le classement.
Si l’objectif est l’Europe, la saison est quoi qu’il arrive très bien entamée.
Pas besoin de faire des calculs sur des objectifs inaccessibles.
Ah, la Lazio s’est fait remonter deux buts par le Pescara 2013-2014. Et… quoi ? Génial, l’Inter a enfin perdu des points en route.

Parfait, il y a de quoi distancer à la fois la minorité ethnique de la ville, et le prochain adversaire. Direction l’Olimpico.
Passage rapide à l’As Roma Store de Piazza Colonna. L’envie me prend de faire des achats. Le maillot blanc est très beau, mais 70 € pour un maillot blanc somme toute basique, ça semble trop.
« – Co’ la scritta Pjanic a quanto me lo fai ? (Avec le flocage Pjanic tu me le fais à combien ?)
– Mbè, Pjanic 15… pe’ forza so’ 15 € in più !!! (Pjanic 15, c’est forcément 15 euros en plus !)
– Ok e se te dico Lobont ? 1 in più ? (Et si je te dis Lobont ? 1 de plus ?)
– Mmmm NO… »

Tant pis, l’envie sera peut-être plus forte une prochaine fois.

L’arrivée au stade nous réserve une belle surprise. Pour accéder à nos places en hauteur, c’est Forza Roma de Lando Fiorini, ancien hymne du club, que l’on chante.
Avec l’avantage que tout romanista vivant à Rome le connaît, et donc le chante. Le stade est encore à moitié vide, mais a déjà de la voix.
Autre clin d’œil à l’Histoire du club, après le retour de Campo Testaccio la semaine dernière, que l’on entendra plus tard dans la soirée.

Le speaker, sur la piste olympique, tente de faire le show. La Curva répond, ce qui lui donne confiance. Jusqu’au moment où l’on en vient à regretter Zampa.
Dans un élan de confiance, il nous demande de chanter « Joyeux Anniversaire » à Totti et Ljajic.
« – Ma te pare che la curva se mette a cantà ‘Tanti Auguri’ a te ? (Mais tu crois vraiment que la Curva va chanter ça ?
-Spero de no, vedemo un po’… (J’espère pas, voyons un peu) »

Et en effet, la Curva ne veut pas se ridiculiser. En cœur, elle siffle le speaker, qui comprend rapidement avoir fait une belle boulette. Et se fait plus petit.

Le coup d’envoi approche, et on comprend qu’on va faire un tifo à base de ballons en Distinti Monte Mario. Idée sympa, avec les fumigènes le résultat final ne sera pas mauvais du tout.

Roma Roma résonne, toujours aussi beau. Et il n’y a pas à dire, voir les écharpes giallorosse dans la nuit, ça a de la gueule. Même un fervent partisan du match le dimanche après-midi à 15h comme moi doit le reconnaître.

Le match commence, mais le public ne semble pas trop tendu. Peut être qu’il sait déjà qu’il ne verra pas grand-chose en cette première période. La fameuse série.
Mais en moins de 10 minutes, il va comprendre qu’il se trompe. Totti laisse un coup franc lointain à Pjanic, Curci décide de ne pas la dégager en corner mais de l’offrir à bout portant à nos attaquants.
C’est le destin, Florenzi est taillé pour reprendre ce genre de ballons. Et de la tête, il la met au fond des filets.
1-0, la malédiction (ou bénédiction ?) de la première période semble rompue.
Si cette Roma sait aussi marquer en première période, elle va faire très mal.
Oui sauf que, je m’empresse de rappeler à mes voisins quel était le match auquel j’avais eu l’honneur d’assister la saison passée. Un certain Roma – Bologna là aussi, terminé 2-3. A la 7ème minute, Totti avait frappé de loin, touché le poteau, le ballon était arrivé sur Florenzi qui, avec le gardien à terre, n’avait plus qu’à la mettre au fond. Ouverture du score similaire.

Pas trop le temps d’y penser, car le deuxième but arrive. Totti fait du Totti, et est le seul à voir Gervinho.
2-0, match fini ?
Oui sauf que, 17 septembre 2012, Roma 2-3 Bologna. Au même moment du match, Lamela se retrouve à la même position que Gervinho, et marque lui aussi le second but. Et ça vous en pensez quoi hein ?
« Che sei propio ridocolo » (Que t’es vraiment ridicule).

Peut-être oui, en fin de compte. C’est ce que le marchand de tapis semble penser aussi. Mehdi Benatia, moins d’une demi-heure après le début de la rencontre, m’apporte une réponse en surgissant dans la surface avec l’agilité d’un tapis volant. Prenant son envol, il réalise une superbe volée pour le but qui enlève tous les doutes subsistants. 3-0.
« Sei contento ora ? » (T’es content maintenant ?)

Totalement. D’autant plus que cette Roma développe son jeu à merveille, est généreuse à l’avant, volontaire à l’arrière, à l’image d’un Gervinho qui se retrouve très souvent en position de pompier arrière droit.
De Sanctis gronde sur chaque imperfection d’une défense qui tient pourtant de façon remarquable.
De Rossi fait la différence sur chaque ballon touché, et nous replonge cinq ans en arrière.
Balzaretti montre à quel point un but décisif dans un derby peut vous changer. En plein de confiance, c’est l’un des hommes forts de cette première période. De l’autre côté, Torosidis fait très bien son travail, sans jamais afficher son manque de rythme.
Dans le très haut niveau général, seul Strootman semble évoluer à un niveau à peine suffisant.
Finalement Bologna ne réduit pas la marque avant la pause, le scénario est idéal. A tel point que l’on peut passer une mi-temps tranquille, sans même que l’idée d’un retour des bolognais ne nous traverse l’esprit.

Le Dieu Moscardelli se réchauffe, nous espérons tous le voir à l’œuvre face à nous en seconde période. Nous ne serons pas écoutés par Mister Pioli.

Au retour des vestiaires, les éclairs se font voir sur Monte Mario, et la grosse averse tant attendue arrive.
Heureusement que la Roma a décidé de rompre sa série de buts non-marqués en première mi-temps. Car sous ce déluge, à 0-0, le match aurait été bien mal embarqué.
Des trombes d’eau s’abattent sur le terrain. Dans les hauteurs du stade, le vent nous amène la désagréable sensation du mouillé. On vient à s’en demander combien de temps l’Olimpico tiendra, est-ce que Russo arrêtera le match… peu probable au regard du tableau d’affichage.
Alors que la pluie se calme, ce sont toujours les mêmes hommes qui font la différence.
Balzaretti joue vraisemblablement son meilleur match sous les couleurs de la Roma, récupérant une quantité incroyable de balles avec l’énergie de la confiance retrouvée, se proposant incessamment à l’avant.
« Fa pensà a Ciccio ieri » (Il fait penser à Ciccio hier)
Ciccio, c’est l’ami qui fait le nombre le samedi pour les matchs de calcetto (football à 5). Le type qui n’a jamais fait de sport dans sa vie, qui n’a pas les rudiments du football. Mais il se donne à fond. Toujours. Et parfois, il se donne tellement à fond que l’on en vient à le préférer au joueur plus technique mais qui n’a pas envie de se bouger.

Bref, c’est sur le côté de Ciccio Balzaretti que Gervinho se retrouve une nouvelle fois face au défenseur le marquant.
Il gagne 30 mètres.
« – Che ce rifà er go’ de prima ? (Il nous refait la même ?)
– Dici ? Guarda che sti difensori mica so cosi stupidi, mica so cos… (Tu crois ? Tu sais, ces défenseurs ne sont pas si stupides, ils ne sont pas si…) »

Un défenseur à terre. Une frappe dans la lucarne. Un filet qui tremble. 4-0. Doublé de l’homme qui devait manger des buts. La Roma, club habitué à réveiller les morts des adversaires, semble vouloir pour une fois faire preuve d’individualisme, et réveiller ses propres joueurs.

Le stade est en liesse. A côté des « Il bolognese fa la spia iaiaoh » (Le Bolognais fait l’espion), s’entendent les premiers chants sur le Tricolore.
Personne n’ose vraiment le reprendre au début, mais très vite, c’est toute la Curva et tous les Distinti qui rappellent l’inévitable. On ne peut pas gagner 6 matchs de suite à Rome sans rêver en très grand.
Le scudetto est plus qu’un mirage, mais il est rappelé à tous les joueurs.
A commencer par Totti, qui doit commencer à rêvasser. Peut-être trop. Malgré quelques contrôles de balles dantesques et quelques passes lumineuses, le capitaine n’est pas à son meilleur niveau ce soir.

Mais lorsqu’il rate une reprise de volée rappelant l’un des buts les plus beaux de sa carrière, la Curva s’empresse de reprendre « C’è solo un capitano ». Er Pupone remercie immédiatement, mais cela ne l’aide pas. Il ratera encore en fin de match un tir croisé relativement facile.

Entre temps, il se fera prendre un ballon de but par Ljajic, le Monsieur Rentabilité de ce début de saison, qui veut garder ce statut et d’un petit piqué-poteau-transversale-but offre le cinquième but de la soirée à un public qui se régale. 5-0. Invraisemblable, mais tellement mérité au vu de cette prestation étincelante d’une équipe retrouvée.

Le bonheur se respire à la sortie du stade. Les klaxons accompagnent Roma Capoccia dans les voitures.
Avant l’arrivée de l’Hiver, on termine la soirée à Piazza Vittorio.
Chez le glacier Fassi, meilleur de Rome et peut-être du monde.

La joie perdue d’être romanista se retrouve enfin dans les rues. Les gens te saluent et se congratulent avec toi quand ils aperçoivent le maillot pourpre sous la veste. Les laziali sont déjà retournés dans leurs cachettes.
Ce soir, une équipe, une vraie équipe, a repris la tête du classement, est restée meilleure défense, et est devenue meilleure attaque du championnat le plus dur au Monde.
Cette institution, ce club, c’est la Roma. Meilleur de Rome, mais peut-être pas meilleur du monde.

« Non Ancora… » (Pas Encore)

Edo