Strootman, l’équilibreur et la valeur ajoutée de Garcia

Kevin Strootman a été la véritable attraction du mercato estival de l’AS Roma. Tout d’abord car il était le plus méconnu des recrues (pour le grand public), mais également pour son prix de 16 millions d’euros (+ bonus) en faisant la recrue la plus chère de l’ère américaine.

Le ciblage et la recherche d’un profil précis

i le milieu De Rossi-Gago-Pjanic était le secteur fort du système de Luis Enrique (avec Daniele en sentinelle devant la défense), cela n’a pas vraiment été le cas la saison dernière, où Zeman n’a cessé de changer son trio à chaque rencontre, en se passant à plusieurs reprises de De Rossi ou Pjanic. Les plans de Garcia pour ce début de saison étaient donc clairs : Refixer le n°16 italien juste devant la défense et donner les clés du jeu à son joyaux bosniaque. Pour faire briller ses deux joueurs de talents, il fallait recruter un milieu capable de jouer le rôle de métronome, à la fois dans la récupération du ballon que dans sa vision et justesse de jeu. Et il n’a pas fallu longtemps pour cibler ce profil : Un temps annoncé sur l’identité de Nainggolan, piste qui fût finalement abandonné suite au prix trop élevé, c’est au bout du compte le hollandais Kevin Strootman qui débarque dans la capitale italienne. Pourtant suivi par des clubs comme le Milan AC ou Manchester United, c’est la Roma qui trouve les arguments sportifs pour convaincre le joueur et économiques envers le PSV Eidhoven.

Une arrivée avec le tapis rouge, et un faux-départ

L’actuel 3ème capitaine des Pays-Bas (derrière Robben et Van Persie) débarque lors du ritiro de Riscone, où il se met la pression dès le premier jour en ressortant du placard le n°6 (jusqu’ici retiré) d’un certain Aldair. Un manque de respect pour certains, une preuve de personnalité et de culot pour les autres. Mais il ne mettra pas longtemps à se mettre les sceptiques dans la poche. Avec un De Rossi qui reprend sa préparation plus tardivement (pour cause de Coupe des Confédérations), le joueur de 23 ans dispute ses premiers matchs amicaux dans une position de sentinelle devant la défense. Il faudra attendre le match face à la MLS All-Star pour voir pour la première fois le duo De Rossi-Strootman aligné ensemble. Une aubaine pour le batave qui a déclaré récemment : « J’ai signé à la Roma pour pouvoir jouer avec De Rossi et Totti ». Pour les automatismes on repassera cependant, puisque le trident titulaire au milieu ne sera aligné ensemble pour la première fois que lors du dernier match amical face à Ternana. Ironie du sort, Strootman se blesse à la cheville durant cette rencontre, l’obligeant à retarder son début officiel en Serie A. Absent face au Livorno, et bien remplacé par l’américain Bradley, il fera ses grands débuts à l’Olimpico contre Verona. Une réussite puisque le milieu giallorosso verrouille son adversaire et rédige le tempo du jeu, avec à la clé un bijou de Pjanic qui lobe le gardien adverse.

Une adaptation éclaire et des statistiques impressionnantes

Il faudra attendre le week end suivant, sur la pelouse de Parme, pour voir Strootman être décisif pour la première fois. En effet Kevin transforme le penalty du 3-1. Cela ne sera évidemment pas la dernière fois qu’il le sera, puisqu’il est actuellement co-meilleur buteur avec 4 buts (en compagnie de Florenzi) et co-meilleur passeur avec 6 passes décisives (aux côtés de Totti). Des chiffres impressionnants après 15 rencontres disputés (auxquels on peut par exemple rajouter son poteau face à la Fiorentina), qui rappellent notamment sa première saison au PSV, où il avait inscrit 6 buts et délivré 17 passes décisives. Outre cela, c’est aussi dans le travail de l’ombre qu’il excelle. En effet Strootman a récupéré depuis le début de saison 195 ballons (le situant à la 4ème place giallorosso, derrière respectivement Benatia (296), De Rossi (275) et Castan (239)). Il est également le romanista qui a le taux de passes réussis le plus élevé, avec 88% de ballons ayant trouvé partenaire, tandis que la moyenne de la squadra giallorossa culmine à 73%. Dans un rôle de « box to box », Strootman réalise la liaison entre la phase défensive et la phase offensive, entre De Rossi et Pjanic, entre son latéral gauche et son attaquant gauche. Comme beaucoup de gauchers, s’il n’a pas de pied droit, sa patte gauche est une pure merveille. Tout cela explique notamment pourquoi le mister Garcia a tout fait pour convaincre le hollandais de rejoindre son équipe cet été. Kevin assure un véritable équilibre qu’il manquait clairement la saison passée dans l’entre-jeu.

Une marge de progression exponentielle et sans limite

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, Strootman possède assurément une marge de progression encore grande. Tout d’abord dans les automatismes avec ses coéquipiers, et notamment ses compères De Rossi/Pjanic au milieu. Mais également dans son adaptation aux exigences tactiques et physiques de la Serie A, dont il n’est jamais facile à s’acclimater rapidement pour les anglo-saxons (Ses compatriotes Van der Sar ou Stekelenburg peuvent en témoigner). Il possède cependant la pleine confiance, à la fois de son coach en club, mais aussi en sélection. En effet Louis Van Gaal déclare il y a quelques semaines que seuls trois joueurs avaient déjà la certitude d’obtenir leur billet pour le Mondial brésilien : Robben, Van Persie, et donc Strootman. Celui-ci peut également progresser dans son apport offensif, et notamment sur sa qualité de lourde frappe de loin, que l’on a trop peu vu jusqu’ici. Il peut également répéter plus régulièrement certaines de ses rampes de lancement, comme sa passe avec un magnifique timing pour Gervinho sur l’action où il provoque le penalty contre le Milan (face à qui il a réalisé une passe décisive et marquer son second penalty de la saison). Face à Catane dimanche, Garcia devra remodeler son milieu avec les suspensions de De Rossi et Strootman, dont ce dernier aurait pu pour la première fois évoluer juste devant la défense. Si Pjanic et Bradley ont leur poste quasi assuré, la question résulte du troisième homme, ou bien d’un éventuel changement tactique en 4-2-3-1.

Si Strootman a été éblouissant de précocité sur ses derniers mois 2013, il ne fait aucun doute que l’on verra un Strootman encore meilleur sur cette année 2014. A commencer par un fameux 5 janvier, sur la pelouse de la Juventus. Le rendez-vous est pris, et la date est cochée. A moyen terme l’objectif est autre : Ramener l’AS Roma dans la plus prestigieuse des compétitions européenne, la Champions League, et briller avec les Pays-Bas lors de la Coupe du Monde en juin prochain.