Site AS ROMA

Pourquoi Garcia « devait » partir

Après avoir publié il y a quelques jours un article « positif » sur Rudi Garcia concernant les « 7 travaux » (en référence aux 7 travaux d’Hercule) qu’il a eu à effectuer à l’AS Roma, voici un article plus « négatif » sur les raisons qui ont amené son départ en milieu de semaine.

Les 7 travaux de Rudi Garcia

Les résultats

Cela peut sembler évident, mais les récents résultats obtenus par la Roma n’étaient pas suffisants. Une victoire en dix matchs (toute compétitions confondues), les giallorossi n’ont plus gagné depuis le dernier derby face à une Lazio médiocre, outre la victoire contre le Genoa sans pour autant convaincre. Victoire qui a sûrement sauvé Garcia une première fois.
Ces passages à vide arrivent souvent chez Garcia, même lors de sa première saison à Rome (où il termine avec 85 points sans remporter le Scudetto). En effet le français avait aligné quatre matchs nuls de suite après sa magnifique série de dix victoires, puis trois défaites lors des trois dernières journées de championnat (même si les jeux étaient faits quant au titre). Lors de sa deuxième saison, Garcia obtient une victoire en dix matchs entre la 18ème et la 27ème journée. Et d’ailleurs, cette seconde partie de saison dernière fût le premier signal de la phase ascendante du natif de Nemours.
Des résultats insuffisants en Ligue des Champions aussi. Une qualification avec 6 points, après un 0-0 à l’Olimpico face au BATE Borisov, une défaite 6-1 à Barcelone et même une défaite en Biélorussie en début de saison. La Roma s’est qualifiée pour les huitièmes de finale en n’ayant remporté qu’un seul match, comme l’an dernier mais avec la qualification en plus.
Qu’est-ce qui a donc pu conditionner ces résultats ? C’est ce que nous allons voir dans les prochains points.

Le jeu

Il arrive en football que certaines équipes soient frappées par la malchance, et se voient perdre des points après avoir dominé pendant tout le match (ce qui s’est passé par exemple la saison dernière contre la Sampdoria à domicile, ou encore cette saison sur la pelouse du même adversaire, voir sur le terrain de l’Inter). Mais il est récurrent chez Garcia de constater que ce n’est pas le cas. La Roma ne jouait plus. Il suffisait de constater l’absence de Gervinho ou de Salah pour qu’il n’y ait plus d’occasions créées en attaque. Dzeko étant décevant et Pjanic ne surfant plus sur sa vague de bonnes performances, cela est devenu le néant devant les buts adverses. On retrouve notamment trois 0-0 de suite face au BATE, au Napoli et à La Spezia.
De manière étonnante, c’est lorsque l’attaque va mal que la défense va mieux. La Roma a donc pu jouer quatre matchs de suite sans prendre de but, ce qui n’était arrivé que deux fois pendant la saison, face au Frosinone et face à la Lazio.
Mais les mauvaises habitudes reviennent. Après la pause hivernale, l’attaque est de retour…mais pas la défense : 3-3 face au Chievo et énième piètre performance dans le jeu. Le match face au Milan fut le clou du spectacle. Si l’entame de jeu fût bonne, et qu’il y aurait pu avoir au moins deux buts d’écart à la pause, la seconde période fut calamiteuse en tous points de vue (on voyait notamment le mister faire de grands gestes pour demander à son bloc équipe de remonter, pendant que les joueurs eux reculaient à l’inverse). Et le « choc psychologique » du changement de coach devenait inévitable.

Des humiliations

Certes, c’est déjà arrivé à la Roma (et même sous la première ère Spalletti), mais Rudi Garcia a pu collectionner un bon nombre de « valises » tant dans les résultats que dans le jeu.
Pour sa première saison, peu de défaites à constater, mais des défaites sévères. Première confrontation contre la Juventus et premier revers sur le banc de la Roma pour Rudi Garcia : 3-0 au Juventus Stadium. Fin de saison amère avec les défaites 4-1 à Catane et 3-0 en demi-finale de Coupe d’Italie à Naples (après avoir pourtant remporté le match aller à Rome).
Pas de lourde défaite pour sa deuxième année de Serie A, mais une Ligue des Champions à oublier avec le 7-1 subi à domicile face au Bayern Munich, et qui a peut-être signé le déclin de la Roma de Garcia. La Roma accède tout de même à l’Europa League, mais se fait sortir en huitième de finale, après une défaite 3-0 encore à domicile contre la Fiorentina, qui avait déjà éliminé la Louve en Coupe d’Italie 2-0 encore à l’Olimpico.
Et enfin cette année, un championnat sans trop de défaites, mais pourtant une à domicile face à l’Atalanta, 2-0, et encore un très gros score en Ligue des Champions avec le 6-1 pris à Barcelone. Autre humiliation, l’élimination en quart de finale de Coupe par La Spezia (après tirs aux buts), un club de Serie B. On pourrait y inclure la défaite 3-2 à Borisov, qui commençait par un 3-0 après 30 minutes de jeu.

Les choix tactiques

Certains choix de Garcia ont semblé inappropriés avant ou pendant certaines parties. Quelques matchs ont été mal gérés et des points ont été perdus. C’est le cas par exemple lors du premier match contre le Bayer Leverkusen en 2015. Après avoir été menée 2-0, la Roma parvient à retourner la situation et à mener 4-2 jusqu’à la 84ème minute de jeu… pour terminer le match sur le score de 4-4. Les giallorossi ont encaissé deux buts en deux minutes, suite à une mauvaise gestion du score de Rudi Garcia, avec par exemple l’entrée inexplicable d’Edin Dzeko juste après le 4-3, avec malgré tout une équipe qui reculait progressivement.
Autre exemple aussi lors de la saison 2013-2014 et la rencontre à domicile face à Sassuolo, où la Roma menait 1-0 jusqu’à la 94ème minute, et n’a pas su gérer son avantage.
Cette année, le plus gros problème de Garcia fut sans doute son obstination à garder son module de 4-3-3 malgré un jeu prévisible et de nombreuses absences. La défense, bien que capable de bonnes prestations, a toujours eu des problèmes de placement. Pourtant individuellement, Manolas et Rüdiger ont su montrer qu’ils étaient à la hauteur.
Rudi Garcia a peut-être montré ses limites sur le plan tactique. S’il a su « innover » face au FC Barcelone (1-1) et sur le terrain de la Fiorentina (2-1) en attendant de façon compact derrière pour jouer le contre, cela n’a cependant semblé n’être que des exceptions confirmant la règle. Le jeu et le schéma semblaient devenir prévisible avec le temps et sans alternative. Si on peut douter de la véracité de l’information, le journal Repubblica rapporte les paroles de quelques joueurs, qui auraient déclaré suite au premier entraînement de Luciano Spalletti : « Nous avons bouffé plus de tactique aujourd’hui que sur les trois derniers mois ». Le coach français semble en effet être plus un manager à l’anglaise (s’occupant d’énormément de choses en du terrain, il a notamment refait à sa guise la salle de musculation à son arrivée, et déléguant les tâches à ses adjoints durant les séances), et est devenu prévisible face à des entraîneurs en face étant très préparés tactiquement. 

La relation avec Pallotta

Depuis l’été dernier, Garcia n’était plus en très bon termes avec le président. En effet, en fin de saison, l’ancien Lillois avait indirectement demandé à Pallotta une augmentation du budget pour le mercato estival (en vue de réduire l’écart avec la Juventus). Si cela partait d’une bonne intention, pour le bien de la Roma, le président n’aurait pas trop apprécié cette sortie et le lui aurait fait savoir. Si Garcia dit régulièrement qu’il est « en contact quotidien avec Pallotta, » certaines rumeurs indiquent que les deux hommes ne se sont quasiment pas parlé depuis juin dernier. Quand il est venu à Rome en décembre, l’américain a rencontré ses dirigeants, Totti, mais aucun passage à Trigoria pour voir son mister. Pallotta aurait même voulu se séparer de Garcia depuis plusieurs semaines, mais Sabatini aurait résisté jusque là pour le sauver. La dernière déclaration de l’Américain (« Physiquement les joueurs sont bien ») a confirmé qu’il désavouait Rudi Garcia publiquement. On pourrait donc parler de la « mise sous tutelle » du président, qui a exigé de ramener un staff athlétique américain à l’inter-saison. Chose que Rudi Garcia n’aurait pas forcément apprécié, suite notamment au limogeage de son propre préparateur Paolo Rongoni (et les nombreuses blessures de cette phase aller ne donne pas totalement tord à Garcia). Des soucis avec ses supérieurs, ce n’est jamais bon, et cela a sans doute facilité la prise de décision de Pallotta quant au futur de son entraîneur. 

Le mercato

Sur ce dernier point, la faute n’est pas à mettre entièrement sur Garcia. Les dernières sessions de mercato ont déçu, notamment avec les acquisitions de Doumbia et Ibarbo dans un premier temps (qui n’étaient pas du tout prêt physiquement, le premier par manque de préparation physique et le second pour blessure), puis ensuite Gyömbér et Emerson (qui ne semblaient pas du tout être des demandes du mister). Il aura fallu attendre le mercato actuel pour céder Iturbe, qui n’a jamais convaincu et qui a été « sauvé » par Sabatini lors des derniers jours du mercato. En revanche rien n’a été fait pour se procurer un arrière gauche, alors que la Roma souffre énormément à ce poste. Cole étant sur la touche, Digne est le seul latéral gauche de l’équipe, et c’est Torosidis qui le remplace en cas d’absence, lui qui est censé jouer à droit. Résultat, Garcia se retrouve avec un seul latéral gauche, et deux latéraux droits qui ne sont pas au niveau, et se voit obligé de faire reculer Florenzi pour dépanner. L’italien qui est d’ailleurs progressivement devenu l’arrière droit titulaire de la Roma (et qui a montré ses limites lors de ses dernières sorties à ce poste), c’est dire ! Garcia a donc aussi payé pour les erreurs de Sabatini, même si le Français avait aussi son mot à dire sur le mercato. Il est malgré tout probable que depuis sa sortie médiatique en mai dernier, son « pouvoir » en terme de recrutement a été fortement diminué.

Rudi Garcia n’a donc pas été parfait, mais il aura tout de même laissé une belle empreinte dans l’histoire de la Roma. À présent il ne nous reste plus qu’a espérer que ces défauts seront corrigés avec l’arrivée de Spalletti. Forza Roma !

Gaby (Gabriel Nista)