Photo tirée du site Rmcsport.bfmtv.com

Steven Nzonzi a livré un interview au magasine français So Foot :

« J’ai commencé à jouer à 6 ans à Colombes, avec le Racing, de qui je m’inspirais ? J’étais petit, le football ne prenait pas encore une partie importante de ma vie. J’allais à l’école, je m’entraînais 2-3 fois par semaine et avec mes amis je jouais aussi dans la rue. J’aimais beaucoup Okocha, mais Ronaldinho était mon idole. A l’époque, j’avais les cheveux longs, et à l’entraînement on s’entraînait à faire les passes aveugles de Ronnie. J’aimais tout de lui, malgré qu’on avait un caractère totalement différent. e PSG ne m’avait pas gardé parce que, tout jeune, je mesurais 1m71 et pesait 60kg ? Ah, le physique… Autant à Caen qu’au PSG j’ai compris la grande importance du physique. Je suis allé à Lisieux, un bon endroit qui faisait progresser les jeunes, malgré que les infrastructures n’étaient les mêmes que le PSG. J’ai beaucoup progressé mentalement là-bas. Quand j’étais jeune, les défenseurs me stoppaient toujours sur la vitesse. Et moi je faisais toujours partie de ce groupe qui était arrêté à ce point, je n’étais pas au niveau sous cet aspect. Ce n’était pas facile d’être grand et maigre. Mais je suis vraiment un mauvais perdant, je n’ai jamais aimé perdre, cependant, à cause de mon langage corporel, les personnes croient que cela ne m’importe pas. L’approche en Premier League ? Quand je suis arrivé à Blackburn, quand ils m’ont vu pour la première fois, certains joueurs m’ont dit: « Mais tu ne joueras jamais ! ».

La première année, tout a été très vite pour moi, qui venait d’Amiens. En Angleterre, même les joueurs qui ont un grand physique mettent beaucoup d’intensité dans le match et dans les passes. Mais leur mentalité est une chose à part… Ils combattent contre toi un jour et le matin suivant ils viennent te voir et te demandent: « Que fais-tu mon ami ? Tu vas bien ? Seville ? ». Il faisait tellement chaud que, au début, j’avais quasi refusé le transfert. Pour jouer au football, je préfère décidément la pluie de Stoke, c’est plus simple. Je n’imaginais pas qu’il était aussi difficile de jouer à midi, avec 42 degrés à l’ombre à Seville. Mais j’ai réussi à remporter mon défi. Je suis conscient de transmettre la sensation que je suis une personne faignante, tranquille et désinvolte, mais dans le fond je suis un volcan. A Stoke City, j’étais parmi les 3-4 joueurs qui parcouraient le plus de kilomètres durant la saison, mais quand les gens me voyaient, ils me disaient: « Steven, tu devrais courir plus ». Je suis très exigeant avec moi-même, voila pourquoi souvent je préfère assurer les passes, parce que perdre 2 ou 3 ballons m’énerve. J’aime jouer à 2 touches, peut-être parce que je n’ai pas une grande qualité de dribble. Marquer un but est une émotion unique, mais j’aime beaucoup l’aspect collectif du football. Le tiki taka de Barcelone, avec Xavi et Iniesta, est l’expression absolue de ce jeu.

Champion du Monde ? Quand on me demande des autographes, je suis encore surpris. Mais après ce qu’il s’est passé cet été, je ne trouve pas étrange que les gens me reconnaissent et essaient de parler avec moi. Même si, au fond, cela ne me plaît pas, mais c’est ainsi et ça ne changera pas. Cela n’est pas mon style de me mettre en avant. Ce titre de champion du monde n’a, en réalité, pas changé ma vie. Mais évidemment que cela change ma vie de footballeur, ayant gagné le trophée le plus important qui existe, dont tout le monde rêve, mais dans ma vie cela n’a pas beaucoup changé. C’est vrai, je suis reconnu plus facilement en France, mais ça s’arrête là. Je suis heureux d’avoir participé à ce grand moment pour tout le Pays. Cela a a été magnifique. Comment on se remet en jeu, en sachant qu’il n’existe pas de sommet plus haut que la Coupe du Monde ? On peut toujours s’améliorer individuellement, même si on ne peut pas gagner quelque chose de plus grand que la Coupe du Monde. On peut malgré tout devenir un joueur meilleur, et je pense que cela est l’objectif de n’importe quel joueur. Et dans mon quotidien, comment cela se manifeste ? Avec le travail journal. Désormais j’ai 30 ans, je regarde les choses de manière différente que lorsque j’étais plus jeune. Tout cela devient automatique, il faut rester tranquille et concentré. A 30 ans, quels sont mes objectifs désormais ? Ne pas avoir de grave blessure et de pouvoir jouer jusqu’à 33 ans.

On apprend à tout âge. Prenez De Rossi, par exemple. Il joue de manière très intelligente. Il a l’expérience, une excellente touche de balle, il m’a beaucoup aidé en m’expliquant en anglais les consignes tactiques. Mais surtout c’est un professionnel. Il a fait toute sa carrière à Rome. Il y a des milliers de joueurs qui, après avoir tant donné pour leur club, n’irait pas en salle de musculation avant ou après l’entraînement. Mais lui non : il n’est jamais en retard, il va au gymnase, s’engage durant l’entraînement. On ne peut que l’admirer. A sa place, si j’avais passé tout ce temps au club, peut-être que j’entrerais dans une routine, en sachant que l’entraîneur ne me dirait rien. Un autre objectif est de gagner des trophées. Le faire avec Seville a changé ma vision, en Angleterre je n’ai pas joué dans de très grands clubs. Une fois que l’on goûte à la victoire, on veut le revivre. Quand ai-je compris que je devais m’améliorer physiquement ? En Angleterre. Sam Allardyce avait appelé mon père pour me faire signer à Blackburn. J’ai été surpris par son charisme et son sérieux. Il m’a tout de suite donné confiance et m’a fait jouer. Il a été très important pour ma carrière, il m’a mis titulaire toute la saison. Il a eu le courage, quand sont arrivés d’autres joueurs, de me dire que je ne jouerais plus. Là-bas, tous les joueurs mettent beaucoup d’intensité, je perdais peu de ballons mais je devais m’améliorer au niveau de l’intensité physique.

Mes différents entraîneurs ? Une excellente chose pour apprendre le plus de choses. Avec Emery on regardait beaucoup la vidéo et durant l’entraînement on gérait beaucoup l’aspect tactique. J’ai beaucoup progressé la première année avec lui. Sampaoli est un entraîneur qui laisse beaucoup plus de liberté à ses joueurs. La saison 2016/2017 est peut-être celle qui m’a le plus plu, jouant devant la défense, où j’allais à prendre les ballons, il me laissait jouer comme je voulais. C’est une personne très gentille, rien à voir avec l’image qu’il transmet au bord du terrain. Après avoir gagné l’Europa League en 2016, je suis retourné en tout anonymat à Colombes pour assister à un entraînement ? J’aime la discrétion. Si je pouvais ne pas être reconnu, ça m’irait très bien, j’aime être tranquille. Quand on me demande un autographe, je suis un peu nerveux. Pas tant avec les enfants, mais avec les adultes un peu. Si je suis heureux à Rome ? Oui, je suis content. J’avais besoin d’un nouveau défi parce que, après 3 ans à Seville, j’ai senti que j’avais besoin de quelque chose d’autre. Ce n’est pas toujours facile, mais j’avais besoin d’un défi comme celui-là pour aller de l’avant. J’ai joué en Premier League, Liga et Serie A… mais jamais en Ligue 1 ? Pourquoi pas le faire un jour… Cela serait beau de jouer dans mon Pays. Cela pourrait aussi arriver un jour ».