Les 7 travaux de Rudi Garcia

Arrivé au moment de l’une des pires catastrophes de l’histoire moderne de l’AS Roma, et la défaite en finale de Coupe d’Italie face à la Lazio, Rudi Garcia est arrivé sur la pointe des pieds et a réussi à gravir les marches à vitesse grand V. Retour sur ses 7 travaux que le mister français a du surmonter.

Remettre tout le monde dans le même sens

Rudi Garcia n’arrive à Rome que quelques semaines après ce 26 mai 2013, et l’une des pires journées de l’histoire moderne de l’AS Roma. Le climat est chaotique, à tel point que le mister français arrive à son premier entraînement, à Trigoria, avec une forte contestation des tifosi qui prennent à partie les joueurs (particulièrement Miralem Pjanic et Pablo Osvaldo). Une tête dirigeante devait être coupé pour cette finale de Coupe d’Italie perdue face à la Lazio (mais aussi deux saisons précédentes où la Louve ne fît pas mieux qu’une 7ème et 6ème place), et cela fût celle de Franco Baldini qui rejoint Tottenham. Alors qu’il arrive en étant méprisé par une partie des médias et des tifosi, Garcia ne perdra pas de temps à s’imposer comme le capitaine du bateau. Il n’hésitera pas à aller affronter frontalement les tifosi lors du stage à Brunico, en leur demandant de faire table-rase du passé, et se mettre derrière sa Squadra. Ses premières phrases de communication feront polémique (« ses tifosi sont au pire des tifosi de la Lazio »), mais auront le mérite de lui permettre de s’imposer. Garcia aura également du taper du point sur la table avec Walter Sabatini, pour obtenir ses souhaits sur le mercato (ce qui ne sera pas le cas au fil de son expérience romaine). S’il devra avaler les pilules des départs de Marquinhos et Erik Lamela, il se fera respecter sur le reste.

Rudi Garcia met sa patte sur son « 11 type »

L’ex-coach du LOSC devra ruser de paris et de repositionnement, puisque l’enveloppe de recrutement est de 50 millions d’euros (malgré les 85 millions d’euros récupérés sur les ventes) et qu’il doit recruter à de nombreux postes. Il n’hésite par exemple pas à aller chercher des « vieux briscard » comme Morgan De Sanctis (qu’il contact grâce à un ami en commun, Pizzaiolo à Lille) et Maicon. Les avis sont peu optimistes quant à leurs arrivées : le gardien italien n’a rien d’une valeur sur, et le brésilien est déjà en pré-retraite, pouvait-on entendre. S’il n’est pas responsable de l’arrivée de Mehdi Benatia, il a fait de son entente avec Leandro Castan l’une des toutes meilleures en Europe, alors que les médias déclaraient qu’il s’agissait d’une paire « lente et peu complémentaire ». A gauche, il du faire avec les moyens du bord : Federico Balzaretti se blesse dès octobre, Dodo alterne les prestations moyennes et les blessures, et il eut donc la grande idée de positionner Alessio Romagnoli dans le couloir, qui lui rendit de grands services. Au milieu, il chercha surtout à convaincre Daniele De Rossi et Miralem Pjanic de rester. Les deux furent totalement dégoûtés de l’ère Zdenek Zeman, et avaient plus que des envies d’ailleurs. Pour les accompagner, le directeur sportif lui propose Kevin Strootman. Ce dernier déclara qu’il fût convaincu par le discours et le projet de son futur coach. Enfin devant, il fait revenir son poulain Gervinho (où là encore, la majorité des tifosi s’attendaient plus à revoir celui d’Arsenal plutôt que le LOSC). Placé dans le coeur du jeu par Zeman, Garcia décide de donner un rôle d’ailier à Alessandro Florenzi, pour profiter de sa prise de profondeur et son sens du but. Enfin, il repositionne Francesco Totti à la pointe de l’attaque, rôle qu’il avait que très peu occupé depuis l’ère Luciano Spalletti.

La série de 10 victoires pour se positionner au classement

Rudi Garcia sait qu’à Rome on est exclusivement jugé sur les résultats. Quoi donc de mieux que démarrer par plusieurs victoires de suite. Il commence par une série de 5 succès, où tout les buts furent inscrit en seconde période. Lors de la 1ère journée, c’est les deux romains De Rossi et Florenzi qui lui offrent sa première victoire. D’un bout à l’autre de son mandat, il devra faire régulièrement sans le soutien de la Curva Sud. Lors de son premier match à l’Olimpico, face au Hellas Verona, la Curva est « suspendu » suite aux chants contre les napolitains. Parmi cette série de 10 victoires consécutives, on retiendra notamment le 0-3 sur la pelouse de l’Inter, avec un jeu en contre à la perfection, le 2-0 contre le Napoli, avec le doublé de Pjanic sur coup franc et penalty, mais surtout le 2-0 lors du derby, qui a permis de tourner la page de la finale de Coupe d’Italie perdue. Comme un symbole, c’est le défenseur Balzaretti qui marqua, comme un certain Cassetti à l’époque. Les deux derniers succès fut dans la douleur, avec le but de Bradley contre l’Udinese et celui de Borriello contre le Chievo. Avec cette série de 10 succès, il rentre dans l’histoire de la Serie A, en battant le record sur un début de saison. Toutes séries confondues, seul Spalletti et ses 11 succès ont fait mieux (ainsi que la Juventus avec 17 victoire en 2005/2006, mais ensuite destitué de son titre à cause du Calciopoli

Le record de points et le retour en Champions League

Avant les trois défaites lors des trois dernières journées (où il n’y avait plus d’enjeu), les hommes de Rudi Garcia obtiennent pas moins de 11 victoires sur les 13 rencontres précédentes. Après le 0-0 face à l’Inter, la Louve enchaîna une série de 9 victoires consécutives, plaçant une seconde série dans les hautes sphères de l’histoire du championnat italien. C’est surtout les deux dernières victoires de cette saison 2013/2014 qui ont eu une signification importante : le succès (0-1, grâce à un but de Nainggolan) sur la pelouse de la Fiorentina de Montella, et celui à domicile face au Milan AC (2-0, avec des buts de Pjanic et Gervinho). Cela permis à la Roma de retrouver la Champions League, 4 ans après l’avoir quitté. Alors que la Juventus dépasse les 100 points, Garcia bat malgré tout tous les records de l’histoire de l’AS Roma : un total de 85 points (alors que cela aurait pu être amélioré avec un peu plus de pression en fin de saison), seulement 19 buts encaissés jusqu’à ces 3 défaites (finalement 25 buts encaissés en fin de saison), 21 « clean-sheet » pour De Sanctis, mais aussi 71 buts marqués. Cela en fait le meilleur goalaverage de l’histoire giallorossa, avec +46. 

Une seconde saison mitigé, mais sauvée par deux derby magique

Si la seconde saison démarra plutôt, la phase retour se montra elle extrêmement compliqué. La Louve voit son avance fondre comme neige au soleil sur le Napoli et la Lazio qui reviennent dangereusement. Alors que Garcia n’a jamais quitté les deux premières places, il se retrouve avec la possibilité de perdre le podium à quelques journées de la fin. Et tout se jouera dans le derby. Une sorte de nouveau 26 mai, avec une 37ème journée face à la Lazio, où le vainqueur met à mort son rival. Alors que le score ne bouge pas durant la première période, le coaching du mister français va se montrer gagnant : Pjanic et Ibarbo entrent et se retrouvent décisif dans les deux buts : le bosniaque décale le colombien, qui trouve Iturbe dans la surface. Suite à l’égalisation de Djordjevic, c’est Mapou qui reprend d’une tête croisée au second poteau un coup franc du n°15 giallorosso. Un immense ouf de soulagement et une célébration qui restera à gravé dans les mémoires romanisti. Concernant les derby justement, Garcia quittera la Roma en étant invaincu face à la Lazio, avec 3 victoires et 2 nuls. Et on se souviendra également de celui de janvier 2015. Mené 2-0 à la mi-temps, le mister fait alors rentrer Strootman à la pause. Ce dernier relance le match en trouvant Totti dans la surface. Le Capitano inscrit un doublé d’une acrobatie version Panini, et célèbre ce but avec un Selfie qui fera le tour du monde. 

Objectif 8ème de finale atteint en Champions

Si son bilan comptable n’est pas des meilleurs en deux éditions (2 victoires, 5 nuls et 5 défaites), il passa à 30 minutes d’atteindre les 8ème de finale lors de sa première participation avec la Louve. En effet, si le Bayern Munich était largement au-dessus, la seconde place de la phase de poules était prenable, avec la forte concurrence de Manchester City. Alors que la Roma réussit une très grande prestation, en obtenant un score de 1-1 en terre anglaise, elle perdit à l’Olimpico sur une frappe lointaine de Nasri peu après le début de la seconde période. Dans une poule plus « facile » cette saison 2015/2016, Garcia se qualifie pour les 8ème de finale… par la toute petite porte, avec 1 victoire, 3 nuls et 2 défaites. Cela parut presque un exploit de passer le tour, en prenant seulement 1 point sur 6 face au BATE Borisov. Mais c’est face à son concurrent direct que la Louve fit le travail. En effet, malgré ses scénarios de dingue, les hommes de De Rossi prendront 4 points face au Bayer Leverkusen, avec un 4-4 en terre allemande (après avoir été rapidement mené 2-0, mais avoir ensuite mené 2-3) et un 3-2 à l’Olimpico (après avoir mené 2-0 à la pause, et s’être fait reprendre à 2-2 très rapidement après la pause. 

Garcia laisse à Spalletti un patrimoine important

Contrairement à son premier passage à l’AS Roma (l’été 2005, où la Roma fût toute proche de descendre en Serie B la saison 2004/2005), Luciano Spalletti n’a pas à reconstruire sur un champ de ruine. Garcia a amené à cette équipe une certaine stabilité sur la durée. Si l’équipe giallorossa a perdu un cadre clé avec Benatia, le socle de la saison 2013/2014 est toujours présent. L’équipe a don emmagasiné certains automatismes. L’ex-coach du Zenit pourrait notamment se retrouver au pied du podium en cas de victoire dimanche, et aura un duel de prestige face au Real Madrid en Champions League. Et lors de son premier interview, le mister Toscan (qui a également parlé d’installations et infrastructures améliorés et dont Garcia n’y est pas pour rien, comme la salle de musculation) n’a pas oublié de le souligner : « j’ai un groupe de qualité, je veux pratiquer un beau jeu avec mes joueurs, mais ces derniers l’ont déjà fait avec Garcia. J’ai vu des joueurs motivé durant ce premier entraînement, et je ne veux plus voir personne me dire que le problème de cette équipe est le physique, car cela est faux ». A bout de souffle depuis quelques semaines, l’équipe de la Roma a probablement besoin d’un électrochoc, et ce changement de coach était probablement la seule solution possible. L’histoire continue… 

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