L’AS Roma doit-elle vraiment vendre avant le 30 juin ?

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Photo tirée du site Corrieredellosport.it

Depuis plusieurs jours, de nombreux articles expliquent que la Roma va devoir, cette année encore, vendre un ou plusieurs joueurs avant le 30 juin, date de clôture de ses comptes, pour respecter le Fair-Play Financier (FPF).

Nous allons essayer d’expliquer ici pourquoi et voir si ces rumeurs sont justifiées. 

1. Les règles du Fair-Play Financier

Sans rentrer dans une analyse approfondie, il est important de comprendre le principe de base du FPF qui est l’équilibre financier. Selon ce principe, les clubs ne doivent pas dépenser plus qu’ils ne gagnent.

Chaque club doit veiller à ce que ses revenus (par exemple billetterie, sponsoring, primes de participation à des compétitions, vente de joueurs, etc.) soient équilibrés par rapport à ses dépenses (par exemple salaires des joueurs, location d’un stade, achat de joueurs, etc.). Il est important de noter que certaines recettes et surtout dépenses (comme les dépenses pour les centres d’entraînement, la formation, le football féminin) sont exclus du calcul du FPF.

L’UEFA vérifie chaque année les chiffres de chaque club pour les trois derniers exercices. Cette année l’UEFA va donc vérifier les comptes 2018/2019, mais aussi les comptes 2017/2018 et 2016/2017.

Les clubs sont autorisés à avoir un léger écart entre dépenses et recettes puisqu’ils peuvent dépenser jusqu’à EUR 5mio de plus que ce qu’ils gagnent par période d’évaluation (trois ans). Cet écart peut même être de EUR 30mio sur les trois dernières années, si les pertes sont entièrement couvertes par une contribution ou un paiement direct par le(s) propriétaire(s) du club ou une partie liée.

Pour résumer, les clubs ne doivent pas avoir plus de EUR 5mio, sous certaines conditions EUR 30mio, de pertes sur les trois derniers exercices. 

2. La Roma et le Fair-Play Financier

Le 25 septembre 2014, l’UEFA annonçait l’ouverture d’une enquête contre la Roma pour violation des règles du FPF et, le 8 mai 2015, la Roma signait un accord (Settlement Agreement) avec l’UEFA pour les saisons 2015/16, 2016/17 et 2017/18. Le but de cet accord était d’éviter des sanctions immédiates pouvant aller jusqu’à l’exclusion des compétitions européennes.

Selon le Settlement Agreement, la Roma s’était engagée à avoir un déficit total de EUR 30 millions au maximum, pour les périodes comptables se terminant en 2015 et 2016, et à se conformer pleinement aux règles du Fair-Play Financier à la fin de la période d’évaluation 2017/18.

A la fin de la saison 2015/16, la Roma a tout juste réussi à atteindre la limite des EUR 30mio de perte grâce à la vente de Miralem Pjanic. 

Le 21 avril 2017, l’UEFA confirmait que la Roma avait bien respecté les objectifs fixés pour la saison 2016/17. Cet objectif avait été atteint notamment grâce aux revenus découlant de la participation à la Champions League lors de la saison 2015/16 (les primes sont en effet versées la saison qui suit la participation à la Champions Ligue), ainsi que grâce à la vente (précipitée) de Mohamed Salah avant le 30 juin, date de clôture des comptes.

Le 13 juin 2018, l’UEFA a publié un communiqué dans lequel elle confirmait que la Roma avait respecté les termes du Settlement Agreement et qu’elle sortait ainsi du régime du Settlement Agreement.

Par conséquent, la Roma est maintenant soumises aux règles « ordinaires » du FPF.

3. Alors, la Roma est-elle contrainte de vendre?

Les explications ci-dessus sur les règles du FPF et sur le passé de la Roma avec celles-ci sont importantes pour comprendre la situation. 

Comme nous l’avons vu, jusqu’à l’été passé, la Roma était encore soumises aux règles contraignantes du Settlement Agreement qui fixait des objectifs à respecter chaque année. Ces dernières saisons, nous avions donc pris l’habitude que la Roma doive vendre des joueurs avant le 30 juin, date de clôture des comptes, « à cause du FPF » (en réalité à cause du Settlement Agreement).

Avec la sortie du Settlement Agreement, la situation a toutefois changé. En effet, comme l’a récemment souligné le Chief Revenue Officer de la Roma dans une interview, la Roma peut maintenant planifier son budget avec une vision sur plu-sieurs années. Ainsi, même en cas de non-qualification à la Champions League une année, cela n’est pas une catastrophe d’un point de vue financier pour autant que cela ne se répète pas sur plusieurs années.

Il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir où en est la Roma au niveau du respect du FPF. Même si la Roma est une société cotée en bourse qui doit publier son bilan, celui-ci n’est pas basé sur les mêmes normes que le FPF. En effet, comme nous l’avons vu ci-dessus, certaines recettes et sur-tout certaines dépenses sont exclus du calcul de l’équilibre financier du FPF. Or, le bilan de la Roma comptabilise toutes les dépenses et recettes. Dès lors, lorsqu’au bilan la Roma indique avoir fait EUR 18mio de pertes, cela ne signifie pas qu’elle a fait une perte de EUR 18mio selon le FPF.

Lors des trois derniers exercices, la Roma a fait au total EUR 64.777 mio de pertes au bilan, décomposées comme suit:

• EUR 18.848 au 30 juin 2018
• EUR 35.496mio au 30 juin 2017
• EUR 10.433mio au 30 juin 2016

Si on se base sur le bilan uniquement, on voit bien que les pertes cumulée sur les trois dernières saisons dépassent l’écart toléré. 

Comme on l’a vu, l’équilibre financier du FPF ne se calcule toutefois pas selon les mêmes règles. Même s’il est impossible d’évaluer précisément la situation du la Roma au regard du FPF, il est certain que la perte n’est, selon les principes du FPF, pas aussi importante. Il est même très vraisemblable que, d’un point du vue du FPF, la Roma soit à l’équilibre, voir même qu’elle fasse un bénéfice.

A titre de comparaison, si l’on analyse la situation à la fin de la saison 2016/2017, la Roma totalisait EUR 84.729mio de pertes:

• EUR 35.496mio au 30 juin 2017
• EUR 10.433mio au 30 juin 2016
• EUR 38.8mio au 30 juin 2015

Pourtant, malgré ce montant de pertes plus important, l’UEFA a considéré que la Roma avait respecté les normes du FPF. On voit donc bien qu’il y a un décalage important entre les résultats comptables, qui sont communiqués par les clubs, et le calcul du FPF.

Lors de la publication des comptes intermédiaires au 31 décembre 2018, la Roma faisait même, pour la première fois depuis… on ne sait même plus quand… un bénéfice de EUR 1.7mio. Alors il s’agit certes d’un résultat semestriel, mais c’est toujours mieux que lors du bilan intermédiaire du 31 décembre 2017 où la Roma enregistrait une perte de EUR 40.3mio. On soulignera que la Roma n’a pas dépensé d’argent au mercato hivernal 2019 et que les comptes annuels au 30 juin 2019 ne devraient donc pas s’écarter de manière importante des comptes intermédiaires.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que, dans son bilan intermédiaire au 31 décembre 2018, la Roma elle-même indique que selon ses prévisions, les paramètres au niveau national et international (dont le FPF) seront respectés. Or, lorsqu’elle établit des prévisions, la Roma ne prend pas en compte la vente future de joueurs. Dès lors, la Roma devrait tout à fait être en mesure de respecter le FPF, sans devoir vendre.

Enfin, c’est passé quasiment inaperçu, mais les actionnaires de la Roma se sont récemment réunis pour approuver principalement une diminution de capital et de réserves de la société visant à absorber la perte au 31 mars 2019.  

Par conséquent, la situation n’est est pas aussi alarmante que veulent bien nous faire croire certains articles qui cherchent uniquement à créer le buzz.   

En conclusion, la Roma a pris les mesures nécessaires afin d’effacer sa perte et elle n’est selon nous pas dans l’obligation de vendre un ou des joueurs avant le 30 juin 2019. Bien entendu, il ne peut toutefois pas être exclu que la Roma profite d’une opportunité si elle reçoit une belle offre et décide de vendre un ou plusieurs joueurs.

On conclura cette article en rappelant comment se calcule la plus-value que fait le club lorsqu’il vend un joueur car la plupart des tifosi imagine qu’il s’agit de la différence entre le prix d’achat et le prix de vente. C’est toutefois plus complexe que cela car les joueurs sont enregistrés comme des actifs au bilan et, comme n’importe quel actif, ils font l’objet d’amortissements sur la durée de leur contrat. Comptablement la valeur d’un joueur est amortie, c’est à dire est diminuée, pour qu’à la fin de son contrat sa valeur soit de zéro (puisque celui-ci pourra quitter le club gratuitement). A titre d’exemple, la valeur comptable d’un joueur acheté EUR 20mio avec un contrat de 4 ans sera amortie de EUR 5mio chaque année. Dès lors, la plus-value réalisée lors d’un transfert est la différence entre la valeur comptable et le prix de vente. Ainsi, plus un joueur reste longtemps au club, plus sa valeur sera amortie et donc plus le club fera de plus-value.  

Voici ci-dessous la liste de la valeur d’achat et la valeur comptable au 31 décembre 2018 des joueurs principaux:

Cengiz Under -> valeur d’achat EUR 15.601mio -> valeur comptable EUR 11.070mio
Coric -> valeur d’achat EUR 9mio -> valeur comptable EUR 8.093mio
Cristante -> valeur d’achat EUR 26.6mio -> valeur comptable EUR 24.026mio
Defrel -> valeur d’achat EUR 17.491mio -> valeur comptable EUR 13.974mio
Dzeko -> valeur d’achat EUR 21.053mio -> valeur comptable EUR 6.927mio
El Sharaawy -> valeur d’achat EUR 13mio -> valeur comptable EUR 4.862mio
Fazio -> valeur d’achat EUR 3.200mio -> valeur comptable EUR 1.595mio
Florenzi -> valeur d’achat EUR 4.500mio -> valeur comptable EUR 2.086mio
Gerson -> valeur d’achat EUR 20.100mio -> valeur comptable EUR 10.149mio
Gonalons -> valeur d’achat EUR 8.200mio -> valeur comptable EUR 5.117mio
Juan Jesus -> valeur d’achat EUR 8.847mio -> valeur comptable EUR 5.009mio
Kardsorp -> valeur d’achat EUR 16.600mio -> valeur comptable EUR 11.606mio
Kluivert -> valeur d’achat EUR 21.250mio -> valeur comptable EUR 19.108mio
Kolarov -> valeur d’achat EUR 5.563mio -> valeur comptable EUR 2.828mio
Manolas -> valeur d’achat EUR 16.600mio -> valeur comptable EUR 5.682mio
Marcano -> valeur d’achat EUR 2mio -> valeur comptable EUR 1.669mio
Mirante -> valeur d’achat EUR 4.450mio -> valeur comptable EUR 3.702mio
Nzonzi -> valeur d’achat EUR 29.431mio -> valeur comptable EUR 26.648mio
Olsen -> valeur d’achat EUR 11.300mio -> valeur comptable EUR 10.335mio
Pastore -> valeur d’achat EUR 25.661mio -> valeur comptable EUR 23.074mio
Pellegrini Lo. -> valeur d’achat EUR 13.165mio -> valeur comptable EUR 9.205mio
Pellegrini Lu. -> valeur d’achat EUR 1.1mio -> valeur comptable EUR 0.892mio
Peres -> valeur d’achat EUR 13.469mio -> valeur comptable EUR 7.654mio
Perotti -> valeur d’achat EUR 12.600mio -> valeur comptable EUR 2.231mio
Ponce -> valeur d’achat EUR 7.029mio -> valeur comptable EUR 2.177mio
Santon -> valeur d’achat EUR 10mio -> valeur comptable EUR 8.740mio
Schick -> valeur d’achat EUR 40.623mio -> valeur comptable EUR 33.919mio
Zaniolo -> valeur d’achat EUR 5.700mio -> valeur comptable EUR 5.126mio