Juan, la force tranquille

Dans la lignée des grands joueurs Brésiliens ayant revêtu la tunique Giallorossa, un nom se détache par la sobriété et la classe auxquelles il nous fait penser instantanément. Alors que son avenir s’écrit en pointillé ces jours ci, Juan Silveira Dos Santos aura eu le privilège de faire l’unanimité auprès des supporters de la Louve au cours de ces 5 années passées en leur compagnie, pendant desquelles il a démontré, lorsque sa condition lui permit, ses redoutables qualités de défenseur.

Et pourtant dès lors qu’un associe les mots Brésilien et défenseur à Rome, le nom d’Aldaïr résonne comme une évidence. C’est là tout le mérite du transfuge de Leverkusen que d’avoir su imposer son propre style au fil des ans tant le danger d’apparaitre comme une pâle copie du mythique numéro 6 Romain était grand.

Son jeu fait d’interventions franches et toujours propres ainsi que la qualité remarquable de sa relance indispensable au jeu de son équipe feront de lui un leader naturel des lignes arrières, gagnant le respect de ses partenaires et inspirant la crainte à bons nombres d’avants centres qu’il croisa sur sa route. Un exploit d’autant plus grand que ses caractéristiques physiques, 1m80 pour 74 kg ne laissait guère présager une telle réussite à l’heure où les footballeurs en général et les défenseurs en particulier sont constitués de bataillons de gros gabarits souvent peu à l’aise techniquement et cela au détriment de joueurs plus fins.

Tout comme Aldaïr, il foula ses premières pelouses sous les couleurs du club carioca de Flamengo, à l’époque où son ainé brillait déjà depuis de nombreuses années dans la ville éternelle pour décrocher ce tant attendu Scudetto en 2001. Dès l’âge de 16 ans il totalise déjà une dizaine d’apparitions en championnat et suit une trajectoire ascendante que les blessures hélas trop nombreuses perturberont tout au long de sa carrière. Après 7 saisons au pays qui lui vaudront ses premières convocations sous le maillot Auriverde, Juan s’envole pour l’Europe, passage obligé pour tous les Sud-Américains désireux de percer sur la scène internationale.

Il choisit le club Allemand de Leverkusen, toujours inspiré en matière de transfert de pépites Brésiliennes, comme en atteste les passages remarqués d’Emerson ou de Lucio. Un choix à l’image de ce joueur calme, réservé loin des paillettes et de la débauche nocturne qui piégea un certain nombre de ses compatriotes en Europe. Très vite il s’affirme comme l’un des meilleurs centraux de la Bundesliga, suscitant notamment un fort intérêt du grand Bayern de Munich. Son palmarès en club a du mal à s’étoffer, mais cela ne l’empêche pas de briller de mille feux en Seleçao avec laquelle il remporte à deux reprises la Copa America en 2004 et 2007 en formant avec Lucio la plus belle charnière centrale sur la scène internationale.

Appelé au chevet d’une défense Romaine orpheline de Christian Chivu parti chercher la gloire à l’Inter à l’été 2007, et profitant des bonnes relations qu’entretiennent les deux clubs, Juan poses ses valises à Trigoria au retour de son sacre continental contre un chèque d’un peu plus de 6 millions d’euros. Là encore il ne tarde pas à imprimer sa marque et ses premières sorties sont récompensées par un but dès le mois de septembre face à la Reggina. Les tifosi Romains auront tôt fait de se consoler du départ du Roumain tant les prestations du Brésilien transpirent l’assurance et l’efficacité. Assurant au fameux 4-2-3-1 instauré par Luciano Spalletti une solide assise défensive, il accompagne au mieux le Français Philipe Mexès mais doit partager sa place tantôt avec Matteo Ferrari, tantôt avec Christian Panucci en raison de blessures trop fréquentes.

La saison 2007/2008 est néanmoins bouclée sur une très belle seconde place en Série A, une nouvelle victoire en coupe d’Italie et un quart de finale de Champion’s League. L’année suivante fut assez décevante pour le club et le joueur, handicapé par des gènes musculaires qui ne lui permirent de disputer qu’une vingtaine de match en tout et pour tout.

Mais alors que l’on promettait l’enfer aux Giallorossi pour la saison 2009/2010 en raison du départ précoce de Spalletti, l’arrivée sur le banc Romain de Claudio Ranieiri, davantage soucieux d’appliquer un jeu compact et solide en défense, sonnera comme une résurrection pour le natif de Rio de Janeiro. Associé le plus souvent à l’Argentin Nicolas Burdisso fraichement débarqué en prêt de l’Inter, Juan va constituer avec son comparse une défense de fer sur laquelle les attaques adverses vont se briser les unes après les autres. Retrouvant une base stable en défense la Roma se lancera dans une des plus belles et des plus épiques remontées en championnat de toute l’histoire du football moderne.

Avec seulement 41 buts encaissés, la défense Romaine emmenée par sa charnière Juan-Burdisso fut le fer de lance de la reconquête. L’épilogue tragique, loin de voir le défenseur Brésilien s’effondrer va au contraire renforcer sa détermination et sa prestation au cours du Mondial Sud-Africain sera tout bonnement exceptionnelle, elle aurait sans doute conduit au titre suprême si seulement la Seleçao ne s’était pas sabordée en quart de finale. Cette année 2010 restera à n’en pas douter comme la plus aboutie de Juan tant sous le maillot de la Roma qu’en sélection nationale.

Le monde du foot semble alors découvrir les talents admirables de ce joueur, son intelligence tactique, son placement judicieux, son jeu de tête dévastateur sur coups de pieds arrêtés et ce malgré un physique loin d’être imposant. Les supporters de la Roma eux savent qu’ils tiennent là un joueur rare, que les blessures auront malheureusement empêché d’atteindre un niveau encore plus élevé. La saison 2010/2011 marquera en quelque sorte le début d’un déclin relatif pour lui, plusieurs erreurs de concentration ponctuant une triste saison où il portera encore à 31 reprises le maillot jaune et rouge. Toujours freiné par un physique qui semble le trahir de plus en plus il ne put aider à la reconstruction de l’équipe autant qu’il l’aurait voulu, stoppant cette année sa saison dès le mois de mars.

Mais alors que les sirènes d’un retour aux pays se font de plus entendre ces jours ci, il est juste de rendre l’hommage qui convient à ce Maestro de la défense, incarnation du joueur Brésilien dans ce qu’il comprend de plus noble : aisance technique, sens du jeu collectif, présence hors norme.

Curtiz