Garcia: « Je suis ici sur la durée, pour gagner des titres »

Très en vogue en ce moment au niveau des médias italiens, le mister Rudi Garcia a livré ce mercredi un interview au site italien du Huffington Post. Un long entretien où il revient notamment sur sa philosophie, sur cette première saison, mais surtout sur ses ambitions pour le futur.

Mister Garcia, vous semblez jamais vous énerver ?
“Bien sûr que si, cela arrive. Mais je suis ainsi, mesuré. Je n’aime pas l’euphorie et je n’aime pas céder au pessimisme ».

Et vous ne haussez jamais la voix ?
“Parfois, c’est normal. Si tu es toujours pareil, quelque chose ne va pas. Si tu hurles trop, alors cela va rentrer par une oreille et ressortir par l’autre. Et si tu ne hurles jamais, cela ne va pas non plus. La colère arrive donc dans les moments où il le faut vraiment ».

Vous avez étudié la Science du sport et la psychologie.
“Cela été des cours organisé par la Fédération, mais rien de spécifique. Cependant cela me plait beaucoup. J’applique cela de manière naturelle, avec le bon sens et la logique ».

Es-ce que cela a été difficile de relever une équipe au fond du trou et un environnement déchiré ?
“Cela a été très facile. Quand on a touché terre, on ne peut pas aller plus bas. L’unique secret a été de me concentrer sur les joueurs et non pas sur l’environnement. Leur redonner le plaisir de jouer. Au fond, nous entraineurs et joueurs sont bien quand les choses fonctionnent bien sur le terrain. Et pour cela que fonctionne bien, il faut donner de la joie. Ensuite le reste vient tout seul. Les joueurs prennent du plaisir à s’entrainer et à gagner en jouant bien ».

Travaillez-vous plus sur les qualités ou les défauts ?
« Sur les qualités d’un joueur, parce qu’il faut les maintenir, surtout s’il ne s’agit pas d’un jeune. Ensuite je travaille aussi sur les défauts ».

Pourquoi certains pensent que votre bravoure a surtout été celle de comprendre rapidement les défauts de cette équipe et de cette ville ?
“Je ne sais pas. Quand je suis arrivé, je me suis mis des œillères, pour ne pas écouter les conseils des autres, mais aussi pour ne pas regarder les matchs du passé, y compris cette finale de Coupe d’Italie. Pour moi il est important que je puisse voir ce que je veux faire avec l’équipe. Concernant la ville, je garde le moment heureux. Sans avoir de complexe d’infériorité du Nord. Nous sommes la Capitale, nous sommes forts et nous avons beaucoup de belles choses à vivre ensemble ».

Quel temps dédiez-vous au mental des joueurs et à la technique ?
“Au début, cela était 70% du travail sur le terrain et 30% pour la gestion des hommes. Maintenant cela a changé, il y a beaucoup plus de pression sur les joueurs de la part de l’environnement, des médias et des réseaux sociaux ».

Vous divertissez-vous vous même ?
“Beaucoup, mais les joueurs aussi. Quand je vois un match comme celui que nous avons gagné contre l’Atalanta, je suis sûr que mon plaisir a aussi été leur plaisir. Et cela se transfère aussi positivement aux tifosi ».

Beaucoup d’hommes politiques sont tifosi ?
“Je trouve cela beau. En France c’est pareil. Il est vrai que le football est le sport le plus populaire au monde, et cela signifie que ça n’est pas une question de classe sociale ou de profession. Le football nivelle tout et rapport tout sur le même plan. Mais moi je ne fais pas de politique. Je vote, parce que c’est un droit pour lequel beaucoup de gens ont combattu, et il ne faut jamais l’oublier ».

Vous venez d’un pays qui a offert au monde des principes de liberté fondamentaux.
“Des principes qui intègrent les droits des hommes, c’est vrai. Cependant il y a encore beaucoup à faire. Je pense que dans le football, comme dans tout autre travail, c’est toujours l’humain qui fait la différence. Nous avons besoin de personnes passionnées, qui donne le meilleur parce que la vie devient meilleur pour tous, surtout dans un moment comme celui-là où les gens souffrent ».

Et la religion ?
“Je suis croyant, mais pas pratiquant. Je crois en la qualité de l’homme et j’ai une confiance totale en l’intelligence, surtout en celle des jeunes ».

En Italie, la politique rentre beaucoup trop des les tribunes, au point de pouvoir dénaturer le football et le sens sportif.
“Cela est aussi vrai avec cette norme sur les discriminations territoriales, qui n’existe dans aucun autre pays. Si nous jouons à la maison contre l’Inter, un des matchs les plus vu dans le monde, et que le stade est quasi vide, cela n’est pas une bonne publicité pour le football italien. Le gens ensuite font de la confusion, car ils vont croire que tous les tifosi sont racistes alors que cela n’est pas le cas ».

La violence était encore pire en Angleterre ?
“Bien pire. Mais ils ont réussi à résoudre leurs problèmes. Cela veut donc dire qu’il est possible de le faire. Si quelqu’un va au stade et ne se comporte pas de manière sportive, je pense qu’il ne devrait pas avoir le droit d’y remettre les pieds de sa vie. Il faut avoir des règles, et les faire respecter ».

Le football devient une profession de mercenaires et individualistes ?
« Pour moi c’est une passion. C’est déjà un privilège de pouvoir vivre cela. Puis dans ma liste de priorités vient l’envie de vaincre et de gagner des titres. Peut-être que dans un sport individuel cela est différent. Celui qui joue au tennis a autour delui une petite équipe qui l’assiste. Mais vaincre avec un collectif te procure une joie indescriptible. Et c’est pour cela que je fais l’entraineur, pour vivre de fortes émissions avec les autres ».

Comment vivez-vous le match sur le banc ?
“Je le vis de façon vivante. Chacun est libre de faire l’entraineur comme il le veut, mais moi je crois que sur le banc on peut faire beaucoup. Je ne comprends pas ceux qui disent que lorsque le match commence, l’entraineur ne peut plus rien faire. Dans ce cas là, autant aller boire un café à la maison ou bien regarder le match à la TV en loge ».

La Roma a été un choix pour l’argent ?
“Je n’ai jamais fais de choix pour l’argent. J’ai choisi un projet, c’est pour cela que je suis à la Roma. Les propriétaires américains veulent en faire un des plus grands clubs en Europe et ils ont raison ».

Comment faire comprendre à un joueur qui a été recruté pour 30 ou 50 millions d’euros que cela est la valeur de l’argent ?
“Je ne veux pas faire le vieux combattant mais je pense que nous donnons trop et surtout trop vite. Certains peuvent dire que c’est la faute du système, des sponsor, des TV. Moi je dis que c’est celle des dirigeants, et pas seulement en Italie. Il faudrait réfléchir à cela. Je n’ai jamais vu un joueur qui rendrait l’argent qu’un président de club veut lui donner. Mais les jeunes ont besoin de comprendre que tout ce qui se gagne est le fruit du travail et de la fatigue. Il est vrai qu’à l’époque où j’étais joueur, il y avait moins d’argent ».

Quand êtes-vous devenu complètement amoureux de Rome ?
« Pour dire la la vérité, je connaissais déjà la ville. Je savais qu’elle était belle. Maintenan je commence à découvrir la Roma des romains, plutôt que celle des touristes ».

Et quand êtes-vous devenu romanista ?
« Après le derby. Cela a été le déclic. J’en avait beaucoup entendu parler avant, mais nous n’avions qu’une seule chose à faire : Gagner le match et oublier le passé. Et de remettre l’église au milieu du village ».

Comment faudra-t-il surmonter la première crise ?
« Je ne suis pas ingénu. Maintenant que tout va bien, on a l’impression que rien ne peut nous arriver. Mais cela ne sera pas toujours ainsi. Il faut savoir contrôler les excès, autant positifs que négatifs. Et la préparation d’avant-saison a été terrible à vivre ».

Il y a beaucoup d’attente autour de cette équipe.
« Je le sais. J’ai déjà vécu cela à Lille. Après avoir gagné le titre de champion de France, les gens en attendaient beaucoup plus. Surtout quand on jouait un beau football. Mais la vie est ainsi. Si tu t’habitues toujours à manger dans un restaurant 5 étoiles, si tu retournes à la cantine cela est dur. Mais cela peut arriver, et cela est aussi normal que ça puisse arriver ».

Combien d’années pensez-vous rester ici ?
“Quand je travaille dans un club, je le fais comme si cela était le dernier. Même ici. Mais cela ne dépend pas ue de l’entraineur, il y a aussi un président et des résultats qui font les choses. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Il est vrai que peut-être un jour, sans que cela soit ma décision, je devrais partir. C’est pour cela que j’ai dis avoir toujours la valise prête ».

Que pouvons-nous attendre de la Roma ?
“De terminer ce championnat exceptionnelle à la place la plus haute et après de jouer en Champions, ainsi que lutter pour le Scudetto. Mais pour le faire, je dois me mettre autour d’une table avec les dirigeants et voir ce que l’on peut faire, surtout sur le plan économique. Je suis quelqu’un d’ambitieux et parfois peu patient. Mais je sais aussi que Rome ne sait pas fait en un jour ».

Beaucoup de clubs vous ont voulu ?
“Cela ne m’importe pas. Je suis très bien ici et j’espère gagner des titres ici. Même s’il reste encore 15 points à prendre, il semble que cela ne sera pas pour cette saison. Mais c’est l’objectif pour lequel nous devons continuer de travailler ».

Le match face à la Fiorentina de samedi ?
« Cela sera un beau match. La Fiorentina joue bien, ils me plaisent. Mais la Roma me plait encore plus ».