EXCLU CSR: L’Interview d’Alessandra Bianchi (1ère Partie)

Vous l’avez connue dans l’Equipe du Dimanche, puis dans divers talk-show de radio ou TV, Alessandra Bianchi (journaliste chez Diese Foot) nous fait l’honneur de répondre aux questions de Cesololaroma.org. Dans cette 1ère partie, la journaliste italienne nous parle de son parcours personnel et professionnel.

Retrouvez aussi notre interview EXCLUSIF avec Gervinho (1ère partie ICI ; 2ème partie ICI).

Peux-tu nous parler de ton enfance : Ton rapport avec ta famille, avec l’école et avec le football ?
« Mon enfance a été celle d’une petite fille normale, dans une famille normale. J’avais un rêve : écrire et devenir journaliste. Je n’ai jamais aimé jouer à la poupée, je préférais des jeux des garçons. Et j’ai toujours eu une seule équipe : la Roma, car pour moi c’était absolument naturel vu que ma ville est Rome. Donc j’étais supportrice de l’équipe qui portait le nom de ma ville d’origine. Malgré que mes meilleures copines étaient pour la Juventus et qu’elles me chambraient en me disant « Changes d’équipe, vous ne gagnerez jamais rien », moi je n’ai jamais cédé et je répondais fièrement « Je suis né à Rome et je resterais toujours supportrice de la Roma » « .

Comment entres-tu dans le métier de journaliste ?
« J’ai commencé à écrire pour le Corriere dello Sport, étant donné ma passion pour la Roma et pour l’écriture. J’ai dû beaucoup travailler pour faire mon chemin dans un domaine où il n’y avait pas beaucoup de femmes ».

A quel moment décides-tu de rejoindre la France, et pour quelles raisons ?
« Je suis arrivée en France il y a 10 ans, pour des raisons personnelles. Mais Paris était pour moi un rêve. La seule ville pour laquelle je pouvais quitter ma Rome adorée ».

Tu rejoins alors Canal+ et L’Equipe du Dimanche. Comment se passe ce « recrutement » ? Considères-tu cela comme le véritable tournant de ta carrière professionnel ?
« Canal Plus cherchait une journaliste spécialisée dans le championnat italien. J’ai fait un essai et cela s’est bien passé. Mais je n’aurai jamais imaginé rester 5 ans : aucune femme dans l’histoire de cette émission y a réussi. J’en suis fière car je sais que pour les français c’est une émission-phare. Je considère cela comme le vrai tournant de ma carrière en France, vu que je n’avais jamais fait de télé ».

A ce moment-là c’est la mode, notamment lancé par Christine Bravo et son émission « Union-libre » sur FR2, d’avoir des journalistes étrangers qui viennent parler en français de leur pays. Aujourd’hui on a assiste à une tendance inverse, où les journalistes français vont directement sur place pour informer les médias français (comme par exemple les drôles de Dames sur RMC). Comment expliques-tu ce changement total, et quelle est ta vision sur cela ?
« Je pense qu’il y a différentes périodes. Je ne sais pas s’il y a vraiment un changement dans ce sens-là. Je crois que c’est surtout important de bien travailler et de le faire sérieusement. C’est comme une épreuve : je suis étrangère mais je continue de travailler en France, pays qui m’a beaucoup donné. Et je dis toujours merci aux Français ».

Quand on parle de nouvelle tendance. Les talk-show à plusieurs laissent un peu la place au « one-man show ». Que penses-tu de la nouvelle formule de l’Equipe du Dimanche de Thomas Thouroude ?
« A l’Equipe du Soir, sur la chaîne L’Equipe21, on fait un talk-show et cela marche…. Je n’ai jamais vu la nouvelle formule de l’’Equipe du Dimanche, mais j’apprécie Thomas Thouroude. Je crois qu’il y a de la place pour tout le monde, après c’est le public qui choisit. En Italie il n’y a que des talk-shows, peut-être car nous parlons beaucoup (^^) »

Le plus célèbre de tes anciens collègues n’est autre que Daren Tullet, qui a aujourd’hui une place importante chez BeIn Sports. Comment vois-tu l’arrivée de cette chaîne sur le panorama télévisuelle ? Es-ce que BeIn t’a déjà approché, et si non aimerais-tu y travailler ? »
« La concurrence aide toujours les consommateurs. Personnellement je suis toujours à l’écoute des nouvelles propositions, mais je me trouve très bien à travailler avec quelqu’un de cool et génial comme Olivier Ménard, cela est un vrai régal ».

As-tu déjà rencontré des difficultés dans ce milieu, journalistes sportifs, où les hommes sont largement en majorité ? Quelles sont tes qualités qui t’ont permis de t’imposer ? Comment expliques-tu que les femmes soient plus passionnées de football en Italie qu’en France ?
« Oui, j’ai rencontré beaucoup des difficultés pour m’imposer, surtout en Italie. Mon caractère têtu, ma fierté et ma passion pour le football m’ont beaucoup aidé. Si tu n’as pas cela, c’est très dur à surmonter. En Italie il y a plus de femmes car l’Italie est un pays où on respire le football tout le temps ».

Peux-tu nous parler un peu de tes autres expériences, et notamment chez Onze Mondial et L’Equipe21 ?
« Onze Mondial a été un petit rêve pour moi, car en Italie il y avait le mythe de ce magazine ! Quand j’ai commencé à faire des interviews pour eux, cela a été un moment magique. L’Equipe, comme je disais, me plaît car chacun à la possibilité de s’exprimer et cela m’a permis de ne pas parler seulement du foot italien. D’ailleurs cette possibilité m’avait déjà été donnée il y a 2 ans avec M6, quand j’ai travaillé pour eux pendant l’Euro, puis l’année dernière à W9 en parlant de la Ligue Europa ».

Aujourd’hui le nouveau bébé s’appelle #Foot (DièseFoot). Comment ce projet a-t-il abouti ? De quoi s’agit-il pour ceux qui ne connaisse pas encore ? Par rapport aux médias traditionnaux, peut-on comparer #Foot à Mediapart de part son fonctionnement et son mode de partage ?
« DieseFoot est un projet qui m’a conquise tout de suite. Parler de foot, mais en cherchant des histoires différentes, des personnages moins connus, sans négliger les interviews envers les footballeurs et entraineurs plus importants. Quand Nicolas Gettliffe, avec lequel j’avais travaillé à Onze Mondial, me l’a proposé, j’ai accepté avec enthousiasme. DieseFoot est une application qu’i est téléchargeable gratuitement et possède aussi un site internet (www.diesefoot.fr). On aimerait bien devenir comme Mediapart ! Nous sommes un jeune média, sérieux, qui veut grandir. On sera au Brésil, ce n’est pas rien! ».

As-tu d’autres projets en cours pour l’avenir au niveau professionnel ?
« J’ai toujours des projets ! Je voudrais éditer un autre livre, un roman que je suis entrain d’écrire depuis longtemps, bien avant la parution de ‘Calcio mon amour’. Et j’ai un projet d’émission pour la radio, un média que j’aime beaucoup ».

Tu travailles en collaboration notamment avec nos confrères de Calciomio. Nous, ainsi que d’autres sites francophones, sommes en période test avec Thierry Cros de ZoneMixte.fr. Penses-tu qu’il soit possible de resserer les liens entre sites bénévoles et passionnés d’un côté, et les médias professionnels de l’autre ?
« Je suis la marraine de Calciomio et j’aime bien l’enthousiasme de Valentin Paoluzzi, son créateur. Ce n’est pas évident de resserrer les liens entre medias pros et sites bénévoles. Je pense que cela dépend beaucoup de la disponibilité des médias professionnels ».

Connaissais-tu le site Cesololaroma.org ? Qu’en penses-tu et quel conseil pourrais-tu nous donner pour continuer de grandir ?
« Oui, je le connaissais. Je trouve qu’il y a plein de belles idées comme le ‘parrain’ ou l’hymne. Une idée ? Vous en avez déjà pas mal : peut-être pourriez-vous ouvrir une rubrique ‘photo la plus drôle’ avec les supporters de la Roma ».

L’AS Roma compte des « Roma Club » (groupe de supporters) dans de nombreux pays du monde. On a en France le Roma Club Parigi et récemment le Roma Club Lille. Penses-tu que d’autres puissent voir le jour à l’avenir ?
« Bien sur ! Le succès d’une équipe aide pour avoir plus des supporters. Et en plus il y a Rudi Garcia : c’est sur que maintenant la Roma est encore plus suivie en France et qu’il y aura d’autres groupes qui auront envie de se former ».

Si tu pouvais réaliser ton rêve de devenir journaliste footballistique à Rome, qu’apporterais-tu de nouveau dans l’environnement médiatique romain ? En traduisant les conférences de presse chaque week end, on a souvent l’impression d’avoir des questions au mister à côté de la place et peu pertinentes. Rejoins-tu ce raisonnement ?
« J’ai déjà été journaliste footballistique à Rome. Mon rêve, en fait, était de travailler à Paris. J’aime bien travailler à Paris, je le répète, la France m’a beaucoup donné. Pour ce qui concerne les questions, je trouve que ce n’est pas dans les conférences de presse que l’on vit les meilleurs moments de notre métier. Mais plutôt dans l’interview en face à face. C’est vrai que parfois on pose des questions banales et que les réponses sont elles aussi banales en retour ».

En tant que romana et romanista, que penses-tu de cette loi contre les discriminations territoriales ? Les insultes contre les romains ne sont-elles pas aussi graves que celles sur les napolitains ?
« Cette loi n’est pas claire. Toutes les insultes sont graves, mais on a l’impression que ce n’est pas toujours le cas et qu’il n’y a pas les même critères pour juger ».