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Diagnostic sur les difficultés de cette seconde saison

Bien que l’AS Roma soit sortie victorieuse du déplacement à Cagliari (1-2), il n’est pas à oublier que les hommes de Rudi Garcia vivent une période de turbulences, avec notamment son élimination précoce en Coupe d’Italie (2-0 face à la Fiorentina) et sa série de matchs nuls en Serie A Tim (Lazio, Palerme, Fiorentina, Empoli). Le site CSR vous propose donc de regarder les possibles facteurs de cette crise en plusieurs points : la gestion du mercato, les absences, la maturité et les couacs.

Le mercato d’été 

Suite à la saison dernière, l’objectif est clair : cette Roma doit lutter pour le titre, et doit retrouver ses lettres de noblesse en Champions League, notamment en atteignant les 1/8 de finale de la compétition. Walter Sabatini cherchera à amener des jeunes (comme Leandro Paredes, Salih Uçan ou Tonny Sanabria) et des vétérans (comme Seydou Keita et Ashley Cole), et tous les postes seront doublés. Mais deux points noirs vont arriver. L’un va avoir des conséquences directes, l’autre va venir à long terme. Tout d’abord Mehdi Benatia. Le marocain ne fût pas étranger aux succès romains de la saison précédente. Mieux encore, il fut l’un des (si pas LE) meilleurs défenseurs du championnat. On ne comprendra jamais vraiment le pourquoi du comment, mais la Louve l’a tout bonnement laissé filer au Bayern. Il sera remplacé par Kostas Manolas, auteur jusqu’à maintenant d’une bonne demi-saison, mais qui n’a pas encore réellement hausser le niveau, notamment au niveau du charisme et de la personnalité.

Ensuite Mattia Destro. A priori, Rudi Garcia compte sur l’italien de 23 ans, compte tenu de ses statistiques et de l’ascension fulgurante de l’attaquant italien (13 buts en 20 matchs la saison précédente, ndlr), et c’est ce que va d’ailleurs affirmer à plusieurs reprises le mister français en conférence de presse. Mais que nenni. Sur la phase aller, Mattia ne joue que très peu, voir pas, et doit se contenter de bout de matchs. Le problème vient du fait que l’AS Roma a besoin d’un vrai attaquant (qu’elle a), mais qu’elle ne le fait que trop peu jouer, et cela se voit dans les prestations. Alors, est-ce qu’il n’aurait pas fallu le vendre durant l’été 2014, quand ses chiffres parlaient pour lui, et le remplacer directement ? Garcia avait même assuré qu’il lui serait utile pour la seconde partie de saison mais, sur les 3 premiers matches de 2015, il ne fût qu’une seule fois titulaire. Ceci reste un problème dans la mesure où les seuls véritables attaquants centraux sont l’ex-n°22, ainsi que Francesco Totti qui, du haut de ses 38 ans, ne peut pas jouer 3 matchs par semaine. C’est un Totti de plus en plus usé qui doit jouer son rôle de Capitaine et tout donner malgré tout.

Les absences 

Une équipe qui perd des joueurs en cours de saison, c’est normal, c’est humain. Mais cette année du coté giallorosso, le nombre d’absents (sur la durée ou sur une courte période) va battre des records. En effet, beaucoup de joueurs (cadres ou non) vont souvent manquer à l’appel, à tel point que beaucoup remettront en cause la préparation d’avant-saison et le travail du préparateur athlétique. Le plus important reste Leandro Castan. Véritable patron de la défense l’an dernier au côté de Benatia, le brésilien dû se faire opéré (cavernome au cerveau) et cela le rendit indisponible dès la troisième journée de championnat (seulement 45 minutes de jeu à Empoli à la seconde journée, ndlr). Il est évident que perdre sa doublette de héros défensifs en l’espace de deux mois fût très handicapant pour une équipe aux hautes ambitions. D’autant plus que la Roma n’avait évidemment jamais prévu le coup. Pour preuve Yanga-Mbiwa, venu pour jouer à la base le numéro 4 en défense. La Roma avait signé son prêt avec obligation d’achat, dans le cas où l’international français disputait un minimum de 20 matchs, en sachant qu’il partait à l’origine derrière Castan, Manolas et Davide Astori au sein de la hiérarchie défensive. Il paraissait évident qu’il ne les atteindrait pas de ci-tôt. Oui mais voila, Castan est hors-course (retour annoncé pour fin mars ?), Astori joue par intermittence entre blessures et mauvaises prestation. Sans oublier, sur les côtés, Ashley Cole qui n’a jusqu’ici jamais su s’acclimater aux difficultés de la Serie A. Venu faire le titulaire, le latéral anglais a doucement perdu sa place au profit de Jose Holebas, arrivé le dernier jours du mercato. En défense la seule satisfaction reste le grec Manolas.

Juan Manuel Iturbe était annoncé comme la vedette de la campagne du recrutement. Celui dont tous les medias ont parlé le plus parlé. Celui dont la societa romanista a payé presque aussi cher qu’un Cassano à l’époque. C’est le joueur qui est censé tout détruire sur son passage dans l’attaque giallorossa… Pas de chance, il va avoir du mal à s’acclimater à l’aspect tactique et physique d’un grand club et en plus de cela, c’est quand il commence à progresser qu’il se blesse à trois reprises : Face au CSKA Moscou (après 2 passes décisives et 1 but en 25 minutes), face à la Juventus (buteur) et face à Empoli (où il retrouvait un niveau très intéressant début 2015). Kevin Strootman (blessé le 9 mars 2014), était lui considéré comme la recrue virtuelle du mercato de janvier, où il fût son retour sur les terrains le 9 novembre 2014. De fil en aiguille il retrouve son niveau, avec notamment de très belles performances contre l’Udinese et la Lazio début 2015, jusqu’à ce qu’il se blesse contre la Fiorentina, au même genou. Le milieu de terrain batave devra de nouveau être absent jusqu’à la fin de saison.

S’il ne s’agit pas d’une blessure, l’absence de Gervinho durant environ un mois et demi aura aussi beaucoup pesée. Retourné dans son Continent pour disputer la Coupe d’Afrique des Nations (dont sa Côte d’ivoire a remporté le titre final), « G27 » est l’un de ceux qui a laissé un grand vide dans l’animation offensive de la Louve. Si avec lui l’AS Roma était capable d’empiler les buts comme des perles, elle fut littéralement incapable de mettre plus d’un but par match sans lui. Auparavant, la Roma était dépendante de Totti, aujourd’hui elle l’est de Gervinho, ce qui est moins grave compte tenu de l’âge du Puppone. En parlant de Francesco Totti, on pourrait aller jusqu’à compter son absence indirecte. Epuisé par les matchs qu’il doit enchaîner, le n°10 devient limite un poids sur le terrain par moment, laissant l’impression que l’équipe joue avec un joueur de moins. Oui, ça fait mal de mettre « Totti » et « poids » dans la même phrase. Mais soyons objectif, le « Capitano » n’est plus capable de mener une équipe comme autrefois. Il est encore capable de coups de génie, dont il ne perdra jamais les qualités, mais n’a plus ses jambes de 20 ans, et cela est bien normal. Par prolongement, on peut aussi parler de Morgan De Sanctis, capable de réaliser de belles parades, mais qui parait aussi faire la saison de trop (non-rassurant dans ses sorties, souvent en retard, parfois peu impérial dans les buts encaissés) et le pirate ne parait que l’ombre de lui-même. Mais malgré ces défauts, il ne faut pas oublier qu’il n’est notamment pas aidé par la défense, frileuse et loin de celle de l’an passé. Comme en témoigne un certain Maicon, qui ne semble être à son top physique, et capable d’apporter un réel apporte offensif, qu’une à deux fois par mois.

La maturité

Bien que cette saison, notamment en période de « crise », la Louve a su montrer qu’elle peut avoir les crocs et une certaine maturité qui va l’empêcher de perdre (la meilleur preuve est Roma-Sassuolo où les romanisti à 10 vont remonter deux buts de retard, ou encore Roma-Lazio avec là encore un score final de 2-2), les hommes de Rudi Garcia ont montré trop régulièrement en début de saison manqué de charisme. En effet, au classement, plusieurs fois l’AS Roma aurait pu bousculer le classement et prendre la première place. Mais chaque fois, calage mental oblige, le club de la Capitale laissa filer la Juventus, qui a toujours su conforter son avance à diverses occasions.
En outre, un autre problème que l’on pourrait assimiler à cette crise est l’arrogance romaine mélangée à l’illusion de la saison précédente. En effet, depuis le match face à la Juventus (perdu 3-2, avec trois buts bianconeri contestés et contestables), Rudi Garcia a clamé à de nombreuses reprises, non pas que la Louve lutterait pour le Scudetto mais bel et bien qu’elle le gagnerait. S’il s’en est justifié en déclarant que cela était pour garder ses troupes mobilisés suite au revers du Juventus Stadium et les faire prendre conscience de leurs capacités à exploiter, les faits semblent montrer que le calcul ne fît pas très bon, surtout dû à la « non-réception » de ce message de la part des tifosi. Rajoutons le fait que suite à une excellente saison, où la Roma a battu tous les records du club, l’ex-entraîneur du LOSC aurait pu obtenir glaner la construction du statut, au vue de son statut de demi-dieu avec vis-à-vis des tifosi giallorossi. Cela a pu, durant cette saison, altérer le jugement du mister durant les décisions qu’il a du prendre. Après tout, le signe du violon montre bel et bien qu’il s’est romanisé non ? Difficile de reprocher à Garcia, des choses que finalement les romains aiment et sont eux-mêmes.

Les couacs 

Un dernier point qui peut avoir son impact sur la crise, vient de trois dates clés. Il s’agit d’abord du 5 octobre 2014, puis du 6 novembre 2014 et enfin du 26 novembre 2014. Avant la première, on pouvait parler d’une « Bella Roma ». Cette Roma en voulait, savait y faire et surtout n’avait pas peur, de personne. La première date c’est Juventus-Roma. Lors de ce match, la Louve arrive un instant à se hisser au niveau de la vieille dame, mais avec un arbitrage scandaleux (pour les deux équipes), c’est la Roma qui en pâti le plus. Cette défaite restera très amère et, on le verra par la suite, le rendement offensif deviendra bien moins convainquant. La deuxième est la seconde humiliation de l’histoire giallorossa, et ce Roma-Bayern. Pour cette rencontre, c’est l’arrogance et l’immaturité de la Roma qui se sont payés cash. En effet, l’entraineur et les joueurs étaient sûrs de pouvoir se hisser au niveau des allemands, au point de faire les gros bras en conférence de presse d’avant-match Grosse erreur, le Bayern reste le Bayern et la Roma reste la Roma. C’est le Bayern, solide et bien en place, qui passe littéralement sur la Roma, totalement à la rue, comme un rouleau compresseur. Si le but magnifique de Robben changea la suite du film, tout comme le face à face manqué de Gervinho lorsque le tableau d’affichage indiquait encore 1-0, ce match provoqua une cassure au sein de la machine romanista. Il est clair qu’il fallu du temps à se remettre de cette gifle, et on peut même se poser la question de savoir si celle-ci fût réellement oubliée. La dernière date fût l’élimination précoce en Champions League, sur la pelouse du CSKA Moscou Pendant près de 45 minutes, la Louve tient sa qualification grâce à un coup-franc magistral de Totti. Avec une victoire en Russie, le billet pour les 1/8 de finale étaient quasiment en poche pour les italiens… Mais ce fût sans compter sur ce but subit au-delà de la 90 minute, qui semblait acculé dans sa surface depuis plusieurs minutes. Avec ce partage des points, il est fort probable que de l’autre coté City se soit vu pousser des ailes, pour aller chercher la victoire à domicile contre le Bayern, et ensuite de se qualifier à l’Olimpico grâce à un but sublime de Nasri. Cette élimination a, comme cela est juste que ce soit, ramené les ambitions romaines à la baisse.

Après la tempête, le beau temps ?

Alors que l’AS Roma s’enfonçait dans la crise, avec 4 matchs nuls consécutifs en championnat (avec cependant une série paradoxale de 11 matchs sans la moindre défaite en Serie A) et une élimination en Coppa Italia, les romanisti ont su relever la tête, malgré tous les éléments contre eux, sur la pelouse de Cagliari. Une victoire, qui manquait depuis le 6 janvier, que les hommes du mister français allèrent chercher avec leurs tripes et le talent de leurs jeunes éléments, comme Daniele Verde ou Leandro Paredes. Un succès qui pourrait bien servir de déclic positif, avec notamment Garcia qui avait déclaré à la veille de ce match qu’il « suffit d’une victoire pour relancer la machine ». S’il ne s’agit pas encore d’un grand ciel bleu, cette petite éclaircie en terme de résultats, avec notamment à noter une très belle série en cours à l’extérieur de 4 victoires et 2 nuls (soit 14 points sur 18 possibles, dans des antres en général hostiles), peut ramener du baume au coeur. Autre rayon de soleil, le succès à la CAN de Gervinho et Seydou Doumbia (attendu comme le goleador de cette fin de saison), qui pourrait ramener un vent de fraîcheur positif dans les prochains jours du côté du centre sportif de Trigoria, associé à des retours importants comme Manolas ou De Rossi. Grâce à ses éléments, les gladiateurs romains devront re-transformer le Stadio Olimpico en Citadelle imprenable, comme cela fût le cas depuis l’intronisation de l’empereur Garcia. Cette fin de février s’annonce à la fois excitante et décisives : deux matchs pour relever la tête et rester à bonne distance de la Juventus (Parma à domicile et déplacement à Verona) et la double-confrontation contre le Feyenoord, ayant pour but de relancer la saison romaine sur la scène européenne… tout cela juste avant d’affronter les bianconeri, pour un match au sommet pouvant redistribuer les cartes.

Tous ses éléments mis bout à bout : la maturité de l’équipe, le nombre incalculable d’absents, les joueurs mal gérés mais aussi les trois grosses défaites amères ont fait que, à un moment donner, la machine giallorossa s’est enrayée. Maintenant, l’AS Roma repart de cette victoire en Sardaigne et quelques certitudes en plus, ainsi que malgré tout une série de 12 matchs sans défaite en championnat, dont il faudra transformer l’essai durant les prochaines semaines, avec une nouvelle dynamique positive. Qu’après la dépression et la récession, Rome reparte vers une période prospère. Car il faut le rappeler, Rome ne s’est pas faite en un jour, l’Empire non plus. C’est avec des défaites (constructives que l’on repart de l’avant. Forza Roma !